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 Hommes délèbres du Maghreb

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Nedjma
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MessageSujet: Hommes délèbres du Maghreb   Lun 18 Juin - 13:19

Cest bon de savoir qu'il y a eu et qu'il y aura encore des gens qui se battent pour la justice et un monde meilleur
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Tombés au champ d’honneur, il y a 51 ans, le 5 juin 1956
Henri Maillot et Maurice Laban, héros « oubliés »




Le devoir de mémoire nous impose de connaître notre histoire pour mieux comprendre le présent et appréhender l’avenir. Il revêt aussi une importance particulière pour l’écriture de l’histoire de la guerre de Libération nationale.

Celle-ci demeure d’une actualité brûlante. Elle procède, malheureusement, des luttes politico-idéologiques actuelles dont elle reste un enjeu important. Pour ce faire, nous devons ressusciter certains héros « oubliés », et, parmi eux, l’aspirant Henri Maillot et Maurice Laban, authentiques patriotes algériens, morts les armes à la main un certain 5 juin 1956. Comme Yveton, son voisin et ami d’enfance, héros guillotiné le 11 février 1957, Maillot avait choisi la cause de l’indépendance de l’Algérie par conviction idéologique, considérant la guerre de libération comme « une lutte d’opprimés sans distinction d’origine contre leurs oppresseurs et leurs valets sans distinction de race » tel qu’il l’a écrit lui-même aux rédactions parisiennes juste après sa désertion. Ayant assisté à la répression qui s’est abattue sur les musulmans lors des événements du 20 août 1955 dans le Nord constantinois, il en est sorti profondément marqué. Il a, dès lors, pris résolument la décision de se joindre au combat libérateur. Après avoir été rappelé sous les drapeaux pendant 3 mois, il demanda à être réengagé, dans le but de mettre à exécution son projet de désertion avec un stock d’armes. Affecté au 57e bataillon de tirailleurs de Miliana où il a le grade d’aspirant, Maillot convoite l’occasion de détourner des armes pour les acheminer aux maquis de la résistance algérienne afin, précise-t-il, d’« aider mon pays et mon peuple », (lire la lettre). L’opportunité se présente le 4 avril 1956 : l’officier Maillot déserta avec un camion d’armes qu’il remet aux moudjahidine. Pas moins de 132 mitraillettes, 140 revolvers, 57 fusils et un lot de grenades viennent enrichir le potentiel militaire de la résistance. Henri Maillot, devenu « l’officier félon » pour la presse coloniale, est condamné à mort le 22 mai par le tribunal militaire d’Alger, qui décide de mettre aussi le maison familiale de Clos-Salembier sous séquestre, et ce, afin de faire rembourser les armes sur la part d’héritage revenant à Henri. Activement recherché, il échappe aux paras jusqu’au mardi 5 juin 1956, quand son commando de 8 hommes fut surpris au djebel Deragua, à El Karimia (Lamartine), par les miliciens du bachagha Boualem et les soldats français. Henri y laissera sa vie, ainsi que quatre autres compagnons d’armes : l’enseignant de Biskra, Maurice Laban, Belkacem Hamoun qui n’avait pas 20 ans, Djillali Moussaoui et Abdelkader Zalmaï. Trois combattants ont échappé au traquenard : Hamid Guerab, Mohamed Boualem et Mustapha Saâdoun. Mustapha Saâdoun est le dernier survivant de cette aventure inoubliable. Il a 89 ans. Retiré à Cherchell, il vit désormais avec ses plantes et ses souvenirs. Force est de constater que cinquante et un ans après sa mort, Henri Maillot reste inconnu de la grande majorité de la génération postindépendance, qui, plus est, par les jeunes d’El Madania, quartier où vit toujours sa famille. Et pour cause, aucune rue, ni école, ni institution publique ne porte son nom jusqu’à l’heure actuelle. La désertion de cet officier avec un camion rempli d’armes vers le maquis a été d’une grande portée psychologique et a marqué de façon éclatante la participation d’Algériens d’origine européenne au combat pour la libération de la patrie commune. Un combat qui n’avait aucun caractère de race, ni de religion, mais un combat libérateur et national. Quant au second, Maurice Laban, né à Biskra de parents instituteurs, il était lui et sa sœur les seuls Européens dans toute l’école où enseignaient leurs parents. C’est tout naturellement qu’il a appris à parler l’arabe comme une langue maternelle. Plus tard, il parlera le chaoui couramment après avoir enseigné dans une école indigène où les élèves ne parlaient que cette langue. Dans les années 1930, il prit part à la guerre civile d’Espagne aux côtés des républicains, il fut blessé deux fois sur le front. La deuxième blessure était tellement grave qu’il a failli être achevé par les brancardiers qui ne croyaient pas en sa survie. C’est finalement Georges Raffini, son camarades de lycée à Constantine, qui le sauvera in extremis sur le champ de bataille. Il était tellement imprégné de la mentalité de la population de Biskra qu’il envoya une lettre à ses parents leur demandant de sacrifier un mouton sur le tombeau de Sidi Messaoud (le saint patron de la localité) et de l’offrir accompagné de couscous aux pauvres de la région. Et ce, en guise de reconnaissance envers Dieu pour l’avoir sauvé d’une mort certaine. De retour d’Espagne, il rentrera à Biskra où il participera, aux côtés des musulmans opprimés, à tous les combats contre les formes d’injustice auxquelles ils étaient soumis par le système colonialiste et leur valet, le bachagha Bengana. En 1941, il fut arrêté et incarcéré à Serkadji, puis condamné à mort avec son épouse Odette et son camarade Georges Raffini. L’acte d’accusation portait sur la publication et la diffusion d’un journal clandestin s’opposant au régime fasciste de Pétain. Au déclenchement de la révolution, le chahid Mostefa Benboulaïd fait appel à lui pour devenir son adjoint. Vu son tempérament de bagarreur, Maurice était ravi à l’idée de s’engager, enfin, dans la lutte armée contre le colonialisme. Etant un militant discipliné du parti, il demanda l’accord de sa hiérarchie. Celle-ci refusa et lui demana de tempérer ses ardeurs jusqu’à nouvel ordre. C’est, finalement, à El Karimia (Lamartine), dans l’Ouarsenis, qu’il devra rejoindre Henri Maillot qui venait de déserter. Cette rencontre fut possible grâce à Myriam Bey, militante du parti et enseignante à Oued Fodda. La méconnaissance de cette région leur fut fatale, à lui et à ses compagnons.


Merzak Chertouk
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Dernière édition par le Lun 18 Juin - 14:32, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Hommes délèbres du Maghreb   Lun 18 Juin - 14:31

Ces « Français » du FLN

La guerre d’Algérie fut dure, terrible et atroce. Elle fut cruelle et douloureuse. Paradoxalement, elle fut militante et fraternelle. Tant d’êtres souffrirent et cependant, c’est dans ces moments douloureux que certains Algériens de souche et ceux d’origine européenne apprirent à mieux se connaître, et qui plus est en ces jours de vérité nue.

Quarante-cinq ans après la fin de la guerre d’Algérie, on hésite encore parfois dans le choix du vocabulaire ainsi que l’évocation de certains épisodes dramatiques de cette guerre, afin de ne pas raviver des blessures non cicatrisées. Malheureusement, les Algériens d’origine européenne, morts pour l’indépendance ainsi que les survivants demeurent sous des décombres d’amnésie énigmatique. Il convient de rappeler l’action généreuse et courageuse de cette poignée d’hommes et de femmes qui ont su défier la puissance et l’arrogance des oppresseurs aux pires moments de la colonisation ou lors de la lutte de libération. Ces justes ni Arabes ni Berbères, qui au nom de l’égalité et de la fraternité de tous les hommes, de leur droit égal à la dignité et à la vie, avaient pris place parmi les résistants. Ils avaient l’incroyable audace de rejoindre le camp des opprimés et des exploités. De ceux-là, on ne parle plus guère aujourd’hui. Qui se souvient encore de ceux qui ont sacrifié leur vie pour l’Algérie ? A l’exemple de Roland Simeon (officier de l’ALN), André Martines, Georges Raffini, du docteur Georges Connillon, tous morts dans les Aurès, de Raymonde Peschard, morte en Wilaya III, de Roger Touati et Pierre Guemassia de confession juive, mort en défendant son infirmerie et ses blessés à Tibergueni en Wilaya IV. De ceux morts en exil, comme Jean Farrogia, de Paul Estorges « socle du communisme constantinois », du docteur Masbœuf, mort et enterré à Constantine. Des frères Timistit et Georges Arbib, étudiants en médecine de confession juive qui composaient l’une des premières cellules de fabrication de bombes avec Annie Steimer (qui vit toujours à Alger), pendant la bataille d’Alger. Des frères Sportiss et leur sœur, juifs de Constantine. Sans oublier ceux qui n’ont jamais quitté l’Algérie et y demeurent toujours, à l’instar de Georges Decompora, ancien condamné à mort qui n’a jamais quitté Bab El Oued, d’Elyette Loup, de Felix Colozi, de Lucette Larribere, d’Evelyne Lavalette, de Jacqueline Guerroudjj et sa fille Danièle Minne, de l’ancien secrétaire général des Dockers d’Alger, Jean Baptiste Peretto (mort et enterré à Alger), de Jacques Salort, ancien directeur d’Alger Républicain (mort à Alger), de Maurice Baglietto. Sans toutefois, oublier le rôle joué par l’église d’Algérie, représentée par Monseigneur Duval, l’abbé Seotto, l’abbé Berrenguer et les autres... Quant à ceux qui n’ont jamais quitté l’Algérie, leur mérite est d’avoir cru jusqu’au bout en cette patrie, et ce, en dépit de tous les drames douloureux qui ont secoué cette terre qu’ils ont tant aimée et idéalisée, une épopée. Il n’y a pas d’autres mots pour évoquer le parcours de ces hommes et de ces femmes qui choisirent délibérément de se lancer au péril de leur vie dans le combat pour l’indépendance de l’Algérie. Leur grandeur sera d’avoir suivi ce chemin jusqu’au bout, d’être restés fidèles à eux-mêmes et à leur idéal. C’est là une héroïque et fantastique aventure qui dure depuis plus de quarante ans, pour des raisons diverses, l’histoire « officielle » aura tenté d’effacer des mémoires. A ces hommes et ces femmes qui ont su vivre et mourir pour leur idéal avec tant de simplicité et de grandeur, nous leur devons bien cette fraternelle et chaleureuse affection qui les sortira de la nuit, de l’oubli où l’on voulait les ensevelir une seconde fois. Pour s’en convaincre davantage, il suffit de lire la lettre que Henri Maillot a envoyée aux rédactions parisiennes pour expliquer les raisons de sa désertion. Une lettre qui véhicule un message de tolérance, d’humanisme et de fraternité. Lettre qui devrait être lue dans nos écoles afin d’enraciner ces valeurs fondamentales dans le cœur et l’esprit de nos enfants.

Merzak Chertouk
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MessageSujet: Re: Hommes délèbres du Maghreb   Lun 18 Juin - 14:33

Lettre de l’aspirant Henri Maillot transmise à la presse parisienne à l’époque
Un document ronéotypé portant en signature le nom de l’aspirant Henri Maillot est parvenu hier aux rédactions des journaux parisiens. Ce document déclare notamment :

« L’écrivain français Jules Roy, colonel d’aviation, écrivait, il y a quelques mois : ‘‘Si j’étais musulman, je serais du côté des fellagas.’’ Je ne suis pas musulman, mais je suis Algérien d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Au moment où le peuple algérien s’est levé pour libérer son sol national du joug colonialiste, ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur. La presse colonialiste crie à la trahison, alors qu’elle publie et fait siens les appels séparatistes de Boyer-Bance. Elle criait aussi à la trahison lorsque sous Vichy, les officiers français passaient à la résistance, tandis qu’elle servait Hitler et le fascisme. En vérité les traîtres à la France ce sont ceux qui, pour servir leurs intérêts égoïstes, dénaturent aux yeux des algériens le vrai visage de la France et de son peuple aux traditions généreuses, révolutionnaires et anticolonialistes. De plus, tous les hommes de progrès de France et du monde reconnaissent la légitimité et la justesse de nos revendications nationales. Le peuple algérien longtemps bafoué, humilié a pris résolument sa place dans le grand mouvement historique de libération des peuples coloniaux qui embrase l’Afrique et l’Asie. Sa victoire est certaine. Et il ne s’agit pas comme voudraient le faire croire les gros possédants de ce pays, d’un combat racial mais d’une lutte d’opprimés sans distinction d’origine contre leurs oppresseurs et leurs valets, sans distinction de race. Il ne s’agit pas d’un mouvement dirigé contre la France et les Français ni contre les travailleurs d’origine européenne ou israélite. Ceux-ci ont leur place dans ce pays. Nous ne les confondons pas avec les oppresseurs de notre peuple. En accomplissant mon geste, en livrant aux combattants algériens des armes dont ils ont besoin pour le combat libérateur, des armes qui serviront exclusivement contre les forces militaires et policières et les collaborateurs. J’ai conscience d’avoir servi les intérêts de mon pays et de mon peuple, y compris ceux des travailleurs européens momentanément trompés. »

El watan

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