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 Femmes d'Algérie

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Nedjma
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MessageSujet: Femmes d'Algérie   Lun 8 Mar - 13:38

Nadia Kaci.

Comédienne, auteure de Laissées pour mortes : « Chaque fois qu’on veut humilier une femme, on la traite de prostituée »

Nadia Kaci vit en France depuis 1993. Elle a travaillé avec Bertrand Tavernier, Ça commence aujourd’hui, 1998, Prix du jury du Festival de Berlin 1999, et Nadir Moknèche, Viva L’aldjérie 2004, Délice Paloma 2007. Elle s’est consacrée également au théâtre, Femmes en quête de terres, pièce qu’elle a écrite et jouée. Dans Laissées pour mortes*, elle a recueilli le témoignage de deux victimes du lynchage du quartier El Haïcha de Hassi Messaoud. Dans cet entretien, Nadia exprime toute la révolte et l’indignation que partagent les millions d’Algériennes pour le sort qui leur est fait dans l’Algérie de 2010.

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à l’affaire des femmes de Hassi Messaoud et à prêter votre plume à Rahmouna et Fatiha ?

J’ai entendu parler de ce lynchage à peu près au moment où il a eu lieu. On racontait que c’étaient des prostituées. Evidemment, je n’en ai pas été moins bouleversée et choquée. J’ai appris, très peu de temps après, qu’il s’agissait simplement de femmes venues des quatre coins du pays pour échapper à la crise économique et au terrorisme, pour pouvoir subvenir à leurs besoins, mais aussi à ceux de leurs familles laissées dans leurs villes ou leurs villages d’origine. Elles étaient femmes de ménage, cuisinières et parfois secrétaires, mais pas prostituées. Cette accusation mensongère, née d’un article paru dans le journal El khabar, était pour moi d’une grande perversité.

C’était, c’est toujours du reste, une sorte de double peine. Au viol et à la torture devait s’ajouter pour ces femmes le calvaire d’être rejetées par leurs familles et condamnées par l’opinion publique. Et même s’il y a eu des démentis juste après dans d’autres journaux, le mal était fait. Jusqu’à aujourd’hui, l’opinion publique pense encore qu’elles sont des prostituées. Chaque fois qu’on veut rabaisser, humilier ou nuire à une femme, on la traite de prostituée.Je demandais souvent de leurs nouvelles à une amie, Louisa Aït Hamou, qui les recevait au sein de sa permanence au Réseau Wassila. Et j’en parlais souvent dans mon entourage. Cette histoire me hantait. Comment en étions-nous arrivés là ? Comment ce lynchage a-t-il pu exister en Algérie ? Dans la ville la plus riche et la plus sécurisée de l’Algérie ?

Chaque arbitraire vécu par des femmes qui m’était rapporté, chaque fait faisait caisse de résonance avec l’affaire des femmes de Hassi Messaoud. Les femmes que je voyais mendier dans la rue avec leurs enfants, les haut-parleurs des mosquées qui fustigeaient les femmes et les désignaient comme la cause de tous les maux de la société sans qu’il y ait aucune poursuite pour incitation à la haine.

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans cette horrible affaire ?

Comment 400 à 500 hommes ont-ils pu mettre à exécution l’ordre d’un imam au discours haineux, violer et torturer plus d’une centaine de femmes ? Comment ce véritable pogrom a-t-il pu avoir lieu ? Pendant la colonisation, les hommes et les femmes de ce pays étaient tous des indigènes sans droits et sans citoyenneté. Nos parents et nos grands-parents ont combattu le système colonial pour que leurs enfants, filles et garçons, puissent accéder à l’instruction et au savoir, à la dignité et au respect. Ils rêvaient d’un avenir meilleur pour tous les futurs citoyens de ce pays, hommes et femmes. Et ils ont sacrifié leur vie pour cela. Mais leur rêve a été trahi. Comment Hassi Messaoud a-t-il pu avoir lieu ? De mon point de vue, deux facteurs y ont contribué : d’abord le code de la famille qui est dévastateur, faisant de la femme une mineure à vie passant de la tutelle du père à celle du mari, devant obéissance à ce dernier et pouvant être répudiée à n’importe quel moment.

Le mari ayant le droit de garder le logement conjugal pendant que la femme se retrouve dehors avec ses enfants. Ce code est criminel, en fragilisant les femmes et leurs enfants, c’est une société toute entière qu’il a fragilisée. De plus, en mettant les femmes à la disposition et sous le contrôle des hommes, ce code envoie un message fort à toute la société et aux hommes en particulier : « Les femmes sont des sous-citoyennes dont vous disposez à votre guise. Elles seront votre défouloir ! Allez-y ! » L’autre facteur important qui a rendu possible le lynchage des femmes de Hassi Messaoud, c’est évidemment le travail de grande envergure des intégristes qui, pendant des années, ont imprégné tout le tissu social de leurs discours profondément haineux et misogynes, en désignant les femmes comme la cause de tous les maux de la société. Ils ont détourné les textes religieux de façon à renforcer la suprématie des hommes.

Pendant les années de terrorisme triomphant, à la menace des femmes qui ne se soumettaient pas, s’est ajouté l’enlèvement de plusieurs milliers d’entre elles dans les maquis par les groupes armés intégristes. Elles y furent violées, torturées et soumises à l’esclavage. Beaucoup d’entre elles ont été assassinées ou ont disparu dans la nature. Leurs bourreaux ont très peu été inquiétés, voire pas du tout. Aujourd’hui, on les appelle des repentis sans qu’ils se soient repentis de rien et ils se meuvent dans les villes en toute impunité.

En somme, on n’a pas cessé de faire passer un message aux hommes : « Si vous avez des problèmes de mal-vie ou de mal-être, ne vous cassez pas la tête avec vos revendications, Défoulez-vous sur les femmes ! » Comme dit le proverbe algérien : « tekber ou tansa wou ttaffrha fi’n’sa » (Tu grandiras, tu oublieras et tu le feras payer aux femmes.)

Les violences faites aux femmes, de votre point de vue, se sont-elles aggravées depuis l’affaire de Hassi Messaoud ?

Oui, et ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les chiffres de la police, de la gendarmerie et des associations. C’est la conséquence logique d’une politique de complaisance vis-à-vis des hommes agresseurs et la culpabilisation des femmes victimes qui n’osent pas porter plainte. De plus, il n’y a pas de procès exemplaire qui puisse décourager d’autres agresseurs potentiels. C’est même plutôt dans l’autre sens que cela se passe. A Oran, en 2009, un violeur en série a écopé de 5 ans de prison pour au moins 11 viols, tout simplement parce que les victimes n’ont pas été protégées. Certaines, après avoir reçu des intimidations, ont retiré leur plainte, d’autres ont eu honte de se retrouver au procès et d’autres encore n’ont tout simplement pas reçu leur convocation. Le procureur n’a pas estimé utile de faire appel à elles. Une affaire comme celle-là est un appel au viol et au meurtre.

Et dans l’affaire de Hassi Messaoud, avez-vous le sentiment que la justice a été diligente ?

En juin 2002, lorsque le procès a eu lieu à Ouargla, seuls 29 accusés étaient présents, accompagnés de 15 avocats. Pratiquement, toutes les victimes étaient là, elles aussi, mais seules sans avocats, malgré les promesses du ministère de la solidarité de les faire défendre. elles ont reçu des intimidations et des menaces ouvertes de la part de leurs agresseurs et de leurs familles, si elles parlaient au sein même de la salle d’audience et sans que les magistrats ou les policiers interviennent. Les plaintes pour viols et tortures n’ont pas été retenues. La plupart des inculpés sont ressortis du tribunal libres. Et même si après cela le procureur général de Ouargla, révolté par la faiblesse des sanctions prononcées, a fait appel, le mal était fait.

La plupart des victimes ont préféré en rester là. Puis, il y a eu les nombreux reports de procès suivis des nombreuses promesses non tenues de la part, encore une fois, du ministère de la solidarité de soutenir ces femmes sur le plan juridique. Trois accusés seulement ont purgé leur peine. La plus lourde peine réellement infligée a été de 8 ans. Une vingtaine de condamnés par contumace se baladent encore dans la nature et bien plus nombreux sont ceux qui n’ont même jamais été inquiétés, à commencer par l’imam.

Vous avez été une des marraines, en 2004 en France, de la campagne Vingt ans barakat pour l’abrogation du code de la famille. Depuis, avez-vous le sentiment que la condition juridique des femmes a connu un changement ?

Disons qu’il y a eu une petite avancée. Mais c’est loin d’être satisfaisant. Aujourd’hui, si la femme n’a toujours pas le droit de garder son logement, elle reçoit une indemnité afin, dit-on, qu’elle puisse en louer un autre. Cette indemnité est dérisoire et ne correspond pas du tout au prix réel du marché immobilier locatif. Donc, la femme se retrouve encore une fois précarisée avec ses enfants. La meilleure, c’est qu’elle a le droit de demander le divorce à condition de payer un khol’e, un dédommagement. A côté de cela, si elle veut s’assurer de pouvoir travailler, ou que son futur mari ne prenne pas de coépouses, elle doit lui faire signer un contrat. Vous n’avez pas encore commencé à vivre ensemble que déjà vous vous méfiez l’un de l’autre ! Dans les autres sociétés, on a confiance l’un en l’autre parce qu’on s’aime, parce que l’on veut construire une vie commune, mais aussi, parce qu’on sait que des lois nous protègent l’un et l’autre contre d’éventuels abus.

Quels sont, de votre point de vue, les maux dont souffrent le plus les femmes algériennes ?

La société ne fait pas de place aux femmes. Elle ne les défend pas. Elle les fragilise par le dénigrement perpétuel dont elles sont l’objet. Le quotidien est un calvaire que l’on ne supporte qu’en faisant du déni. Moi-même, j’ai fait ça pendant des années. Les femmes doivent se battre continuellement pour espérer arracher quelques droits, dont celui au respect.

Vous avez tenu des rôles sensibles, voire tabous dans Viva l’Aldjérie et Délices Paloma du cinéaste Nadir Moknèche. Est-ce pour témoigner de la condition affligeante des femmes ?

Je dirais avant tout par passion de mon métier. Ensuite, il est vrai qu’il y a des femmes qui ne peuvent pas faire autrement que de se prostituer pour subvenir à leurs besoins. Comme disait kateb yacine : « on ne peut pas décrire une Algérie rose bonbon tout simplement parce qu’elle n’existe pas. » J’ai besoin de sentir qu’il n’y a pas de regard paternaliste, voire misogyne sur le personnage développé par le réalisateur ou le metteur en scène, sinon je ne peux rien apporter. Par contre, les défauts, les « nez cabossés » et les fragilités ne me dérangent pas. Ce sont mes matériaux de travail qui ne rendent le personnage que plus humain et, du coup, plus vrai. Je déteste qu’on lisse un personnage féminin sous prétexte de servir la cause des femmes avec un grand F. ça, c’est la technique des mauvais réalisateurs et elle dessert la cause des femmes.

Comment ces films ont-ils été accueillis par le public ? N’avez-vous pas été inquiétée ?

Non. En Algérie, Délice Paloma n’est sorti ni au cinéma ni évidemment à la télé. Donc, ceux qui ont vu le film, sont ceux qui sont allés le chercher en dvd ou sur le câble. C’est une autre démarche. Les gens qui me reconnaissent sont soit amusés, soit émus. Lorsqu’on me reconnaît en France, il y a toujours un mot gentil, un compliment mais tout ça, dit avec une certaine distance. Lorsqu’on me reconnaît dans la rue en Algérie, les gens m’imitent et me rejouent les scènes des films. C’est trop drôle ! Je sens aussi parfois que je dérange des gens bien pensants. Avant, cela m’inhibait, mais maintenant, cela ne m’atteint plus. Je me dis simplement qu’ils ont encore beaucoup de chemin à faire.

Qu’est-ce qui motive votre combat pour l’égalité des droits entre les hommes et les femmes en Algérie ?

L’injustice m’est insupportable. Je n’ai pas participé de façon active à beaucoup de combats. Je ne suis pas ce qu’on appelle une militante, car mes passions, le cinéma, le théâtre et l’écriture me prennent déjà beaucoup de temps. Mais quand le sentiment d’injustice devient trop insupportable, je ne peux que réagir. Cela a été le cas lors de la campagne 20 ans barakat, car pour moi, le code de la famille légalise l’injustice ou avec le livre laissées pour mortes. Il y a une histoire dans notre famille qui me plaît beaucoup. Le soir où ma mère a accouché de ma sœur aînée, dans les années 1950, sa belle-famille lui a fait la tête car le bébé n’était pas un garçon. Le grand-père de ma mère a alors pris son fusil, il s’est rendu sur la petite place du village et il a tiré 3 coups en l’air (baroud habituellement destiné à la naissance d’un garçon) pour célébrer la venue de sa petite-fille. C’était un homme d’honneur, un homme de bien et peut-être sans en avoir conscience, un féministe. Je ne peux que lui être fidèle.

* Laissées pour mortes. Le lynchage des femmes de Hassi Messaoud. Témoignage de Rahmouna Salah et Fatiha Maâmoura, recueilli par Nadia Kaci. Editions Max Milo. 2010

Nadjia Bouzeghrane
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MessageSujet: Re: Femmes d'Algérie   Lun 8 Mar - 16:09

JE N'ENVIE PAS LE SORT DE SES FEMMES.........
NON PAS DU TOUT..........ET JE COMPREND ENCORE MOINS LE POURQUOI DU COMMENT.......... Ouin
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Nedjma
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MessageSujet: Re: Femmes d'Algérie   Dim 11 Avr - 13:25

FOULARD ISLAMIQUE, BURKA ET NIQAB
Le débat se dévoile


Passage à l’identité biométrique oblige, la femme algérienne portant voile, burka ou niqab, devra désormais se laisser découvrir la face l’instant d’une prise de photographie. La perspective, énoncée et annoncée avec la solennité officielle voulue, fait déjà débat. Un quelque chose de déjà entendu par-delà nos frontières, dans l’Hexagone notamment, où la question a été au centre de palabres hautement passionnées.
Sofiane Aït-Iflis - Alger (Le Soir) - Finalement, ce n’est pas uniquement à l’épreuve de la laïcité que le débat sur le voile islamique prend racine et s’émancipe. Les contrées musulmanes n’en échappent pas. Preuve en est ce qui arrive présentement chez nous avec ce que les recommandations techniques pour l’établissement des documents biométriques, passeport et carte nationale d’identité, soulèvent comme brins de polémiques. Des polémiques appelées certainement à prendre de l’épaisseur au fil des jours, tant chez de nombreuses femmes voilées, le hidjab tient de l’élément de foi. Aussi ce ne sera pas de gaieté de cœur que ces dernières se dénuderont la face et exposeront chevelure attendant patiemment qu’un doigt presse l’obturateur. L’administration à charge du pilotage de l’opération, le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, en somme, ne doute certainement pas des réticences, voire des résistances qui se structureront contre le dévoilement des visages devant autrui pour les besoins de la photographie. Ne serait-ce que le bref instant d’un cadrage et d’une prise de photo d’identité. Aussi, lors de sa récente campagne d’explication qui l’a conduit aux trois régions du pays, l’ouest, l’est et le centre, Noureddine-Yazid Zerhouni a informé que les femmes voilées qui répugneraient à se découvrir le visage devant un homme auront le loisir de se faire prendre en photo par des photographes femmes spécialement affectées à cette tâche. Ainsi, devait-il penser, la foi sera sauve. Mais l’argument massue pour ainsi dire convoqué pour convaincre de se prêter aux exigences de l’opération est l’obligation internationale de la mesure. Autrement dit, ainsi est-il décidé par la communauté internationale, ainsi devra-t-il être chez nous. Celles d’entre les femmes voilées qui, par obligations professionnelles ou par loisir, devront voyager hors du territoire national, devront donc faire l’effort de se faire photographier visage et chevelure découverts. Enfin à juste cet effort si l’on suppose que les femmes portant voile, burka et niqab n’auront pas à reproduire le même geste lors des contrôles aux postes frontaliers ou dans les aéroports et ports internationaux. D’ailleurs, c’est la crainte de devoir retirer ce pan de tissu autant de fois que de besoin qui dicte aux femmes voilées cette réticence à se soumettre à cette mesure édictée par la communauté internationale. Et c’est de là que le débat a lieu en ce moment autour de la question du voile en Algérie. Un débat que les plus crédules d’entre nous avaient cru propre à l’Occident où cultures et religions s’entrechoquent sans discontinuer. L’on se rappelle qu’en France, le débat a fait rage autour du port du voile dans les établissements scolaires. La communauté musulmane de France et d’ailleurs s’est déclarée outrée par la décision d’interdiction du foulard islamique à l’école, décision motivée par les valeurs laïques de la République française qui n’autorisent pas les motifs religieux ostentatoires à l’école. Evidemment, la communauté musulmane a réfuté une telle argumentation, estimant que le port du voile pour la femme musulmane est plus d’un motif distinctif religieux. L’accoutrement procède, s’entend-on toujours expliquer, de l’obligation religieuse. Bien des pays musulmans s’y sont accommodés, ne jugeant pas opportun d’aménager un espace au débat autour de la question. Il aura fallu que la communauté internationale instaure et oblige au passage, d’ici 2015, aux documents biométriques pour que les pays musulmans, dont l’Algérie, s’y consacrent, contraints. Il est vrai qu’ici les termes du débat, timide certes mais bien réel, sont autres que ceux posés en Occident, tant il ne s’agit pas de la question du port du voile islamique dans les institutions mais de la nécessité de se faire photographier sans.
S. A. I.
DE PLUS EN PLUS D’ALGÉRIENNES PORTENT «LE VOILE DÉCAPOTABLE»
Islamisme ou effet de mode ?
Adolescentes, jeunes ou adultes, beaucoup d’Algériennes optent aujourd’hui, librement, pour le port du hidjab. Autrefois, tenue sobre et modeste, «le new voile» ou le «hidjab décapotable» est loin de répondre à ces «normes». Modernisé, suggestif, il est aguichant, plus cher et pervers ! Foulards bariolés, jupes brodées, pulls perlés, bijoux et accessoires. Effet de mode ou excès de religiosité ?
Par Irane Belkhedim - Alger (Le Soir) - Depuis quelques années, de nombreuses boutiques qui commercialisent exclusivement des «voiles et leurs accessoires» ont ouvert à Alger, sur les grands boulevards de la ville. Un business florissant qui constitue une aubaine pour les commerçants !
Dans la Caverne d’Ali Baba
BB Foulards est l'une de ces échoppes. La petite boutique se trouve à Didouche-Mourad. A l’intérieur, plus de 300 foulards sont exposés pour tous les goûts et tous les âges. Rouge, bleu roi, saumon, mauve, grenat, jaune. Effilé, brodé, panaché, perlé, en tergal, en mousseline, en soie, en crêpe, en cachemire ou encore en lin. Divers tissus et modèles sont présentés, les quatre vendeuses sont incapables de les dénommer tous. Quant aux prix, ils varient entre 300 et 3 000 DA, selon la provenance, la qualité et les motifs. «Mes frères et moi avions remarqué que beaucoup d’Algériennes portaient le voile, nous avons alors décidé de tenter l’expérience et d’ouvrir une boutique dédiée à ces femmes. Nous l’avons fait et ça a marché !», explique Abdelwahab, le jeune gérant. Il ajoute avec une notre de fierté que ses frères ont été les premiers à investir ce créneau en 2003. Une belle affaire puisque le commerce est florissant et BB Foulard s’est agrandi. Depuis, il a inauguré de nouvelles boutiques à Oran, Sétif, Constantine et Annaba. Sa marchandise provient de Chine, du Pakistan, de la Syrie et de l’Espagne, mai l’Inde reste son principal fournisseur. Voulant être «au top», Abdelwahab précise qu’il sélectionne ses foulards par Internet sur le site du fournisseur. «Nous choisissons en fonction de la tendance. Les couleurs de couleur gaie, les écharpes brodées et perlées sont généralement nos critères de sélection. C’est ce qui est en vogue», dit-il, ajoutant que la clientèle est de plus en plus exigeante et qu’il faut la satisfaire. «Ce n’est pas facile». B.B Foulard ne se contente pas seulement d’Internet, les chaînes satellitaires arabes, qui poussent comme des champignons, l’inspirent également dans ses achats. Abdelwahab affirme que certaines des vedettes de ces télévisions (animatrices, présentatrices du journal, chanteuses…) sont voilées. «Les Algériennes sont aujourd’hui nombreuses à regarder ces chaînes». Dans la boutique, les vendeuses se bousculent pour satisfaire des acheteuses qui ne cessent d’affluer surtout durant les week-ends. «Nous sommes dépassées durant la semaine ! C’est toujours comme ça !» affirme une vendeuse.
Meriem, technicien supérieur en gestion : «C’est un choix personnel»
Meriem est voilée depuis peu, une décision prise, confie-t-elle, après mûre réflexion. Un foulard de couleur saumon couvre sa tête, une longue liquette beige la moule et dévoile une taille fine. La jeune femme explique pourtant que c’est par «conviction religieuse» qu’elle le porte ! «Mon père n’a pas été d’accord, il s’est moqué de moi en disant que c'est un déguisement. J’ai insisté et il a fini par céder. Ça me protège des regards des hommes». Une contradiction flagrante qu’elle semble assumer ou feint de ne pas remarquer. Maquillée, parfumée et aguichante, Meriem ne peut laisser les hommes indifférents ! «Je sors, je me maquille et je travaille. On croit que le hidjab étouffe la femme et freine son émancipation. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, puisqu’il s’est modernisé grâce à la mondialisation. » La jeune universitaire possède au moins une quarantaine de foulards et dix différentes tuniques (pantalons ou jupes avec leurs liquettes). Elle dépense mensuellement 20 % de son salaire pour sa garde-robes. Soigner son allure semble plus important qu’entretenir son intérieur. Elle sourit à cette allusion. «Ça viendra après ! Petit à petit. Je me fais plaisir. Difficile de résister à la tentation avec tous ces modèles !» lâche-t- elle.
Ryma, vendeuse : «Nos hommes aiment le voile»
Ryma affirme que c’est son fiancé qui lui a exigé de porter le hidjab, une condition pour l’épouser. «Quand il me l’a demandé, j’ai refusé car je n'aime pas du tout, puis, j’ai été forcée de dire oui pour me marier.» Sa famille a approuvé et n’est pas intervenue. Si elles sont nombreuses à dénoncer le machisme qui gangrène notre société, certaines femmes n’hésitent pas à faire cette concession et à encourager une attitude intolérable. Ryma porte une longue liquette bleue, un foulard et des chaussures assortis. Sa tenue dévoile toutes ses rondeurs. «J’aime les couleurs, toutes mes tuniques sont de couleurs attrayantes. C’est la mode !» La vendeuse pense encore que «le new hidjab» ne respecte pas les préceptes du Coran. «Les Algériennes regardent les télévisions du Moyen-Orient qui montrent en boucle des animatrices avec des foulards bigarrés, parfois noués autour du cou, avec une brochette… Elles les imitent. C’est tout !» Cette jeune femme, qui, apparemment, s’inspire des mêmes modèles, est la première concernée par ces critiques. Elle n’en a aucune conscience ! Une confusion qui ne la dérange pas. «Nos hommes aiment les femmes voilées, ils croient qu’elles sont plus vertueuses. Ainsi, beaucoup de femmes portent le voile pour les satisfaire tout en ne se privant pas des plaisirs féminins. Elles se voilent et s’habillent d’une manière aguichante !» Elle en est sûre, c’est son cas.
Samia : «Il dévoile plus notre féminité»
A 25 ans, Samia explique les choses plus simplement. Elle trouve «le voile décapotable», comme le surnomment nos jeunes, joli et sexy. «Vous n’avez qu’à voir dans la rue et partout ailleurs, les plus belles sont voilées. C’est un constat ! Elles savent valoriser leur féminité». A la maison, elle dispose d’une armoire qui compte près de 70 foulards et une vingtaine de tuniques. «Chaque mois, je débourse plus de 4 000 DA pour acheter des foulards et leurs accessoires. Moi, je tiens à être belle !» dit-elle en souriant. Son foulard blanc laisse échapper une mèche de cheveux. L’on devine une longue chevelure noire. Samia avoue qu’elle ne se lasse jamais de faire du lèche-vitrine, surtout que l’on retrouve tout sur le marché : des brochettes d’ornement, des planchettes (une sorte de gants qui couvrent seulement les avant-bras pour les femmes qui mettent des pulls ou des chemisettes à manches courtes), des couvre-cheveux…. «C’est à la mode, c’est prisé et j’adore !» Lamia, qui aborde la quarantaine, secrétaire de direction, n’aime pas se priver. Son foulard rouge cache à peine ses cheveux colorés. «Je sais, ce n’est pas correcte mais je le porte depuis deux semaines, je ne me suis pas encore habituée. C’est tout ! Commençons doucement», justifie-t-elle. La secrétaire que nous avons rencontrée dans l’une de ces boutiques dit qu’elle a l’habitude de diversifier ses tenues : une longue liquette avec des chaussures sportives, un jean moulant rehaussé d’un petit pull et de sandales… «Etre voilée ne signifie guère se priver des plaisirs de la vie ! Je me sens comme toutes les femmes, je porte ce qui me plaît, ce que j'aime et je me sens toute aussi indépendante.» Pour Lamia si de plus en plus d’Algériennes ont tendance à choisir un hidjab «plus cool», c’est une manière de le faire accepter par ceux qui le détestent. «C’est plus charmant, et les gens nous approchent sans a priori.»
Inconscience ou perte de repères !
Même si elles ne brandissent pas l’épouvantail religieux, les femmes qui adoptent le «voile décapotable» n’ont aucune conscience du choix qu’elles font, de l’importance de son impact sur l’entourage immédiat et la société. Kamel, un manager qui a dépassé la cinquantaine, se souvient de l’apparition des premières femmes voilées en Algérie, dans les années 1980. Un évènement. «J’étais gamin et je me rappelle que cela me choquait. Je m’en moquais avec mes copains car on les prenait pour des nones ! On croyait que c’était des sœurs chrétiennes ! C’était bizarre pour nous, nous ne connaissions pas le voile et n’étions pas habitués», dit-il. En effet, les Algériennes portaient le hayek à Alger, un habit traditionnel qui change de nom selon les régions. «Dernièrement, je suis allé récupérer ma fille de son lycée, j’étais stupéfait de voir que près de 80 % des lycéennes portaient le foulard ! Je n’exagère pas ! C’est incroyable !», ajoute Kamel.
Le rôle des télévisions arabes
Le vide médiatique national, avec trois chaînes quasiment dépassées par l’actualité, les Algériennes, qu’elles soient instruites ou pas, préfèrent se ressourcer ailleurs et bricoler leur identité dans des programmes de télévisions arabes, parfois à tendance islamiste. Elles sont nombreuses à affirmer regarder ces chaînes fréquemment. Actuellement, le paysage médiatique arabophone compte plus de 124 chaînes satellitaires qui ont réussi à s’imposer dans un domaine réservé, il y a quelques années, aux Occidentaux. Le hidjab, sous toutes ses formes, a été médiatisé par des clips, des émissions, des prêches et des téléfilms syrien, égyptien et saoudien, diffusés en boucle. Il suffit de zapper avec sa télécommande pour remarquer ces nouvelles starlettes voilées ou demivoilées qui défilent à longueur de journée sur des chaînes musicales dites «culturelles»! Dans les années 90, de jeunes Algériennes ont été sauvagement égorgées par des terroristes car elles avaient refusé de se soumettre et de porter le hidjab. Un choix chèrement payé. Elles ont résisté et assumé. Aujourd’hui, alors que le pays retrouve un peu de sérénité, nos femmes se mettent à se «voiler la face», librement, sans y être forcées. Ont-elles la mémoire courte, ont-elles oublié toute la signification du combat démocratique ?
I. B.
CV : hidjab obligatoire please !
Un peu plus loin, d’autres boutiques, d’autres foulards, d’autres voiles. «Cherche vendeuses voilées», lit-on sur une pancarte accrochée à la vitrine. A l’intérieur, deux boutiquières voilées s’occupent des acheteuses. «Elles orientent mieux les clientes puisqu’elles sont, elles aussi, voilées. Entre femmes, c’est mieux», explique le gérant. Pour la plupart de ces commerçants, le port du hidjab est une condition de recrutement.
I. B.
Paradoxal
Foulard sur la tête, pantalon moulant, chaussures à talons, maquillées et parfumées, grandes fumeuses, avec une marmaille de petits copains, les nouvelles voilées sont un alliage de contradictions : religieuses et sexy, fringuées mais mystiques, spirituelles mais trop physiques. Un voile qui dévoile. N’est-ce pas pervers !
I. B.
Librement voilées !
Les femmes forcées par leurs parents ou leurs frères restent des cas rares. Pour certaines femmes, se voiler facilite la vie. Elles ont accès à tout et sont tranquilles. Personne n’en doute !
I. B.
ZOUBIR AROUS, SOCIOLOGUE, CHERCHEUR AU CREAD :
«Le port du foulard, un phénomène purement sociologique»
L’entrée en vigueur prochaine du passeport biométrique forcera les femmes voilées à se dévoiler le temps d’un cliché. Le ministre de l’Intérieur qualifie cela de mesure purement «technique ». Le sujet fait pourtant débat. Eclairage de Zoubir Arous, sociologue et chercheur au CREAD…
Le Soir d’Algérie :Le débat sur le voile a fini par s’inviter en Algérie au moment où en France, l’interdiction ou pas du port de la burqa déchaîne les passions…
Zoubir Arous : Il faut d’abord savoir que la burqa n’est en rien une tenue vestimentaire ayant un lien avec l’Islam. Aucun texte n’y fait référence. C’est une tradition dans certaines tribus encore sous-développées. Pour revenir au débat qui anime en ce moment la scène en France, il faut dire que lorsqu’on choisit de vivre dans un pays, on a le devoir de se conformer aux lois de ce dernier. Chez nous, le hidjab entre dans le cadre des libertés individuelles mais il ne faut surtout pas oublier que cette liberté s’arrête au niveau de la sécurité des autres. Ce débat est instrumentalisé par des parties n’ayant plus aucun ancrage réel dans la société. L’Etat est en droit d’imposer la disposition d’enlever le voile pour les documents biométriques. Je pense que c’est un faux débat car ayant des relents politiques n’ayant aucun lien avec l’aspect religieux.
Justement, comment appréciez-vous le port du foulard en Algérie ?
Tel que porté en Algérie, le hidjab n’a souvent pas de lien avec la religion. En Algérie, le hidjab est très souvent porté pour des raisons d’ordre sociologique. Beaucoup de femmes font le choix de le porter pour pouvoir travailler ou étudier. Il sert également à pouvoir s’identifier dans un groupe, c’est un signe distinctif que beaucoup utilisent pour également se mettre à l’abri des agressions à l’extérieur. Très peu de femmes le portent par conviction religieuse.
N. I.

Le Soir d'Algérie

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On ne naît pas femme, on le devient (Simone de Beauvoir)


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Femmes d'Algérie
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