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 Les tribulations mondiales d’une caissière rennaise

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Tulipe Noire
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MessageSujet: Les tribulations mondiales d’une caissière rennaise   Jeu 26 Nov - 12:04

Les tribulations mondiales d’une caissière rennaise

Depuis le triomphe de son livre, Anna Sam multiplie les interviews, tant en France qu’à l’étranger. Le grand quotidien britannique The Times est allé à sa rencontre, chez elle, dans la banlieue de Rennes.

12.11.2009 | Adam Sage | The Times



Les Tribulations d’une caissière [éd. Stock, mars 2008] ont rencontré un succès ­phénoménal. Réédité dix-neuf fois en France, ce livre s’y est vendu à plus de 100 000 exemplaires. Les droits d’adaptation cinématographique ont déjà été ­vendus, une comédie musicale est en cours de préparation et la bande dessinée est sortie en mai dernier. L’héroïne de ce récit, Anna Sam, a ainsi changé de vie. De représentante du sous-­prolétariat moderne – cette catégorie d’employées jetables et non diplômées qui encaissent vos achats au supermarché en rêvant d’une vie meilleure –, elle est devenue la voix des sans-voix et l’observatrice pleine d’esprit d’un lieu qui fait ressortir ce que nous avons de pire en nous. Elle disait “bonjour” 250 fois par jour, mais peu de clients prenaient la peine de lui répondre. Elle se tortillait sur sa chaise en attendant d’avoir l’autorisation d’aller aux toilettes, ses supérieurs la faisant patienter. Une famille se présentait à sa caisse, les parents fronçaient les sourcils et mettaient en garde leurs enfants : “Si vous ne travaillez pas bien à l’école, vous finirez comme la dame.” Son livre a touché une corde sensible auprès du public français, mais également européen et au-delà puisqu’il a déjà été traduit en dix langues. La veille de notre rencontre, une équipe de la télévision autrichienne était venue l’interviewer. Des confrères allemands étaient attendus pour la semaine suivante. Elle venait de rentrer quelques jours auparavant d’un séjour en Italie, où elle avait répondu à vingt-cinq demandes d’interview de la presse écrite, sept invitations à la télévision et sept autres à la radio.

“J’aimerais croire que je peux faire changer le regard des gens sur les caissières”, explique-t-elle devant l’entrée du supermarché Leclerc de Cleunay, près de Rennes, où elle travaillait. “Ce serait déjà un début s’ils étaient un tout petit peu plus polis.” Anna Sam est une jeune femme brune de 29 ans qui n’aime pas se maquiller et se qualifie elle-même de garçon manqué. Réaliste et pince-sans-rire, la jeune femme n’a pas laissé le succès lui monter à la tête. Elle vit toujours dans une petite maison moderne de la banlieue de Rennes et n’a pas changé sa vieille Punto noire imprégnée de l’odeur de ses deux shih-tzus. Elle n’a pas dépensé beaucoup pour elle-même de sa récente fortune. “En fait, le seul luxe que je m’accorde, c’est d’acheter n’importe quel livre dont j’ai envie”, explique-t-elle. Sa dernière acquisition : un Dan Brown en livre de poche. “Je ne me souviens plus du titre. Pas le Da Vinci Code, en tout cas”, précise-t-elle. Son mari, Richard, en a plus profité. Lassé de faire le conseiller informatique payé au SMIC, il suit à présent une formation pour devenir plombier. “Je lui ai dit que, maintenant que nous avions un peu d’argent, il était temps pour lui d’apprendre quelque chose d’autre”, précise-t-elle. Anna a passé cinq ans à l’université de Rennes, où elle a étudié la littérature. Diplômée, intelligente et cultivée, elle n’a pas pu trouver de travail dans le milieu de l’édition, où elle voulait percer. Elle est donc retournée chez Leclerc, où elle avait déjà été employée douze heures par semaine pour payer ses études. Cette fois-ci, c’était vingt-quatre heures par semaine.

“Je pensais rester caissière environ six mois, le temps de trouver autre chose”, explique-t-elle. Pourtant, à l’approche de la trentaine, elle était toujours derrière sa caisse. “Il y a énormément de gens dans cette situation, poursuit-elle. Ils ont fait des études longues, ont eu leur diplôme et découvrent que cela ne leur laisse que les boulots dont personne ne veut.” Le problème existe dans toute l’Europe, mais il est particulièrement préoccupant en France.

A Rennes, par exemple, une ville d’un peu plus de 200 000 habitants, près de 54 000 étudiants s’entassent dans des amphithéâtres bondés pour étudier l’histoire de l’art, la sociologie ou la psychologie. “Près de 400 étudiants diplômés en lettres sortent chaque année de l’université de Rennes et presque tous veulent devenir professeurs, explique Anna. Il n’y a tout simplement pas assez de postes à pourvoir.” Alors certains deviennent facteurs, d’autres vivent des aides sociales et beaucoup – notamment les femmes – rejoignent les rangs des 170 000 caissiers et caissières de France. “Est-ce que t’es en prison ?” a demandé un jour une petite fille de 6 ans à Anna, par-­dessus sa caisse. C’est un peu le sentiment des employés du Leclerc de Cleunay, supermarché rutilant des années 1990 ne comptant pas moins de trente-six caisses et proposant une gamme de produits allant de l’emmental râpé aux téléviseurs à écran plat. “Personne ne fait attention à nous”, me souffle l’un d’entre eux après avoir attendu que je range mon stylo et mon carnet, de crainte d’être vu par un de ses supérieurs derrière le miroir sans tain situé à l’autre bout du magasin. “Nous n’avons pas de syndicat et aucune reconnaissance. Nous ne sommes que des chiffres, exactement comme le dit Anna.” Notre conversation est interrompue par un client en colère qui crie : “Il y a quelqu’un à la caisse aujourd’hui ?” Il a attendu moins d’une minute.
En avril 2007, Anna commence à exorciser ses frustrations sur son blog (http://www.caissierenofutur.over-blog.com). Elle écrit sur ses chefs, qui lui reprochent de ne pas assez sourire, sur ses biceps, qui gonflent sous le poids des packs de bières, de sodas ou de bouteilles d’eau. Elle écrit aussi sur les clients. Il y a les petits malins qui se présentent à la caisse moins de dix articles avec une douzaine de produits ; ceux qui laissent un Caddie vide dans la queue et vont faire leurs courses pour attendre moins longtemps en caisse ; ou ceux qui essaient de passer des CD dans des boîtes de camembert. Il y a aussi ceux qui arrivent dix minutes avant la ­fermeture du magasin ou ceux qui se défoulent sur la caissière. Sans oublier ceux qui ne lui prêtent la moindre attention, l’oreille vissée sur leur ­portable.

Plusieurs éditeurs ont commencé à se montrer intéressés, et l’un d’eux a fini par lui offrir 12 000 euros – presque dix-huit mois de salaire – pour écrire le livre qui a propulsé Anna au rang de célébrité. Aujourd’hui, dirigeants politiques et chefs d’entreprise lui demandent son avis. Invitée à une conférence sur la grande distribution au Luxembourg, Anna a simplement suggéré de saluer le personnel de caisse tous les matins. “C’était comme si l’idée ne leur avait jamais traversé l’esprit. ‘Tiens, oui, c’est une bonne idée’, ont-ils dit en prenant des notes pour ne pas oublier”, raconte-t-elle. En revanche, “on ne peut pas apprendre aux clients à mieux se tenir, mais on peut apprendre aux employés à mieux les gérer”, explique Anna. Après une pause, elle ajoute : “En fait, ce que les caissières voudraient vraiment, c’est un marteau à leur lancer à la figure.”
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melo-dy
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MessageSujet: Re: Les tribulations mondiales d’une caissière rennaise   Jeu 26 Nov - 15:30

Intéressant Tulipe.......Merci
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Tulipe Noire
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MessageSujet: Re: Les tribulations mondiales d’une caissière rennaise   Jeu 26 Nov - 15:32

Chère et tu as eu le "courage" de tout lire???? fourire fourire
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MessageSujet: Re: Les tribulations mondiales d’une caissière rennaise   Aujourd'hui à 4:00

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