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 Sahara: Mystères du Tassili

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Nedjma
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MessageSujet: Sahara: Mystères du Tassili   Sam 21 Nov - 12:10

Recherche. Voyage au bout du passé

Mystères du Tassili

L’expédition algéro-française, chargée de dater enfin l’art rupestre du Sahara algérien, a pris son départ.

Si l’actualité n’était pas si concentrée sur la sélection de l’équipe nationale de football au Mondial, cette information aurait bien pu être la une des journaux. Simple coïncidence, mais coïncidence symbolique, les écrits de Malika Hachid apportent un éclairage millénaire sur cette même actualité. Dans un texte de présentation de l’expédition, elle affirme notamment : « Au Sahara, il y a 10 000 ans, 50 siècles avant les pyramides, une grande civilisation a joué un rôle précurseur dans le progrès de l’humanité. En effet, à l’instar du fameux Croissant fertile (qui s’étend aujourd’hui sur la Turquie, la Syrie, l’Irak, etc), le Sahara a joué le rôle d’un centre fondateur, non seulement en direction de l’Afrique, mais également de la Méditerranée. Cette civilisation, qui bénéficie de très peu de recherches en Algérie, est pourtant à l’origine des peuples sahariens et sahéliens actuels, sachant qu’elle a également contribué au peuplement de la vallée du Nil. » Dont acte. Malika Hachid en rêvait depuis des années, jusqu’à presque ne plus y croire. Mais sa persévérance et sa passion ont payé. Aujourd’hui, au moment où vous lisez ces lignes, s’ébranlera une caravane, non pas à la recherche d’or ou de sel, mais de savoir. Objectif : dater de manière précise, avec des équipements et techniques de pointe, un art qui comporte des centaines de milliers de peintures et gravures disséminées dans le Sahara algérien, et notamment au Tassili des Adjers, classé par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité. Souvent qualifié de « plus grand musée du monde à ciel ouvert », étudié seulement depuis les années cinquante (Henri Lothe), le Tassili offre à l’Algérie « la chance de posséder l’art rupestre le plus complet de l’ensemble du Sahara ». Toutes les périodes y sont présentes, de la plus ancienne à la plus récente, ainsi que les traces de tous les peuples qui y ont habité. C’est une véritable encyclopédie disposée sur une échelle énorme de grandeur. Donc, en ce moment-même, la longue procession doit aller à l’assaut de son territoire de recherches. Quarante-cinq hommes et femmes dont 15 chercheurs de diverses disciplines, 4 guides du Parc national du Tassili, 4 cuisiniers et aide-cuisiniers et pas moins de 20 âniers et d’une cinquantaine d’ânes. Exit l’image exotique du dromadaire. Sur les contreforts rocheux du plateau du Tassili, seules ces bêtes de somme peuvent porter plus de 500 kg de matériels scientifique et technique, des valises solaires et un groupe électrogène ainsi que des tentes, vivres, réserves d’eau et accessoires divers. L’accès aux sites est très difficile, voire dangereux par moments. Quatre heures pour atteindre le plateau du Tassili qui culmine à 1000 m d’altitude. Puis une autre ascension. Par ses effectifs et ses équipements, c’est sans doute la plus importante expédition de ce type jamais organisée en Algérie. Mais c’est surtout son contenu qui fonde son caractère exceptionnel. On a découvert, ici, les plus anciennes poteries au monde. Grâce à elles, on a pu déterminer la présence d’une civilisation remontant à environ 11 000 ans. Mais on ignore encore si nous devons à cette civilisation les figures et motifs qui ornent les parois rocheuses. Est-ce bien les hommes et les femmes de cette période qui en sont les auteurs, ou alors leurs lointains descendants, ou d’autres peuples encore ? Ce mystère, qui hante les jours et les nuits de Malika Hachid, chef de projet, et aussi de son vis-à-vis français, Jean Loïc Le Quellec, a fait l’objet de thèses diverses et contradictoires. Certains chercheurs « pencheraient » pour une chronologie longue de l’art rupestre (10 000 ans et plus), d’autres pour une chronologie courte (« à peine » 7000 ans). Parmi ces derniers, nombreux sont les chercheurs occidentaux qui gardent encore le vieux réflexe de rajeunissement des vestiges en provenance d’Afrique. Le débat dure depuis un siècle. Cela pourrait sembler naturel au regard des durées étudiées. Mais c’est tout simplement anormal quand on considère les progrès prodigieux des techniques de datation. Aujourd’hui, en utilisant les plus performantes d’entre elles, il s’agit de mettre fin à cette bataille d’avis de dater exactement l’art rupestre du Sahara algérien et de lever ainsi définitivement le secret de son âge. L’Algérie deviendrait ainsi le premier pays du sud à le faire, avec un léger retard sur les pays occidentaux, qui n’ont daté leur art pariétal que depuis une dizaine d’années seulement. Deux méthodes de datation vont être mises en œuvre : la datation directe et la datation indirecte. Pour la première, on utilise une méthode physico-chimique, dite de datation radiométrique directe et absolue en laboratoire. Appliquée avec succès aux objets archéologiques, cette datation au carbone 14 présente un intérêt particulier pour les peintures. Nos aïeux peignaient avec des matériaux minéraux, comme des schistes de plusieurs couleurs. Mais il leur fallait un liant pour donner de la pâte à leurs couleurs, les faire adhérer aux parois et leur donner une plus grande durabilité. Le fait que nous puissions contempler encore leurs œuvres, montre tout leur savoir-faire. Ces liants étaient constitués de matières grasses (graisses animales, albumine). En prélevant des pigments picturaux, les techniciens isolent le liant des composants minéraux, l’épurent des matières organiques accidentelles (pollen, fils de pinceaux, pilosité humaine) qui l’auraient contaminé. Ce liant contient du carbone et c’est lui qui est daté et permet alors de dater l’ensemble de l’œuvre. La datation au carbone a considérablement évolué. Désormais, on a recours à la mesure dite de Carbone SMA (spectrométrie de masse par accélérateur) qui fournit d’excellents résultats à partir de prélèvements infimes (0,5 à 1 mg) qui n’affectent pas les œuvres. La datation indirecte s’appuie, pour sa part, sur deux méthodes. On procède à la datation des parois rocheuses qui ont servi de support aux peintures et gravures. Dans leurs couches de sédiments divers, elles portent la mémoire des événements climatiques (périodes arides ou humides). Une première en Algérie, l’utilisation de la technique OSL (luminescence stimulée optiquement) qui relève et mesure les radiations naturelles accumulées au fil des siècles par les minéraux, sables etc. L’autre méthode, plus connue, est celle de la fouille archéologique des lieux de l’art rupestre. Les découvertes (poteries, outils) effectuées auprès des parois ornées permettront des rapprochements d’âges.

Une vision 3D
Cet arsenal de méthodes et techniques explique la diversité des profils de l’expédition. On retrouve dans l’équipe des physiciens-chimistes, des géologues et géomorphologues, des spécialistes en fouilles et en méthodes de relevés, des préhistoriens, archéologues-préhistoriens, paléontologues, de jeunes conservateurs du Parc national et des étudiants en formation, car le projet envisage aussi la relève des études en art rupestre. Plusieurs instituts et organismes sont mobilisés. Du côté algérien : le Cnrpah, les offices des parcs du Tassili et de l’Ahaggar. Du côté français : le Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de Paris, et d’autres structures dépendantes du CNRS et spécialisées en physique appliquée à l’archéologie, étude des archéomatériaux, recherche et restauration des musées. Cette collaboration, exceptionnelle avec les scientifiques français, s’explique par leur avancée en la matière. A la pointe des recherches en art rupestre dans leur pays (grottes de Lascaux, Chauver, Cosquer, etc.) mais sur d’autres continents aussi, ils présentent d’excellentes références et la possibilité pour la recherche algérienne de disposer d’une mise à niveau, pour peu qu’elle dispose, par la suite, de conditions et moyens de son développement. C’est en juillet 2004 que les deux ministres des Affaires étrangères (Belkhadem et Barnier), pour les comptes respectifs du ministère de la Culture et du CNRS, ont signé l’accord bilatéral instituant le projet qui concerne, non seulement le Tassili, mais l’Ahaggar et l’Atlas Saharien où les vestiges sont encore plus menacés. On peut citer ainsi un fleuron de notre patrimoine, la paroi gravée de Tiout, qui n’est pas moins que la première découverte en art rupestre au monde (1848), victime de nombreuses dégradations, du fait de sa proximité d’une route. Dans l’Ahaggar, le projet s’intéressera au site d’Abalessa, le mausolée de la reine Tin Hinan, découvert à la fin des années 1920 près de Tamanrasset. Mais, l’autre intérêt du projet réside dans le projet de création d’un musée de l’art rupestre saharien à Alger et d’un réseau de musées locaux dans les régions concernées. A cet effet, l’expédition emporte dans ses bagages un scanner 3 D de relevé numérique, qui permettra de reproduire, par fac-similé et en grandeur nature, les parois les plus emblématiques et de constituer ainsi le fonds du futur musée. C’est donc une grande aventure qui commence aujourd’hui. Passionnante, elle souligne des enjeux de savoir considérables dont objet n’est pas seulement une civilisation vieille de dix millénaires que l’Algérie partage avec ses voisins immédiats, mais parce que notre pays possède les pièces maîtresses et centrales. La meilleure connaissance de cette civilisation et sa mise en valeur apporteront la contribution de l’Afrique à connaître l’histoire de l’évolution humaine. Malika Hachid parle même de « fondation des temps modernes », avec la naissance de la domestication des animaux, de l’agriculture, l’invention de la métallurgie et les premières formes d’architecture et d’urbanisme quand l’Europe en était à la chasse et à la pêche. En attendant le retour de la caravane, rêvons. Car rien ne peut faire rêver plus que l’utilisation au présent de techniques futuristes pour comprendre le passé
A.F.

El watan

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