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 Le drame silencieux de l’avortement

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Simply
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MessageSujet: Le drame silencieux de l’avortement   Lun 7 Avr - 10:48

Le drame silencieux de l’avortement

au noir


DOSSIER/Une pratique périlleuse qui mutile des Algériennes

Le drame silencieux de l’avortement au noir

Un nouveau-né a été découvert emballé dans un sachet noir à la décharge publique de Oued Smar la semaine passée. Un autre dans des WC à l’intérieur de l’hôpital Mentouri d’El Milia. Un autre encore dans un couffin dans la daïra de Sebdou à Tlemcen.



Dossier réalisé

par Aomar Fekrache



Bref, il ne se passe pas une semaine sans que l’on enregistre des fœtus jetés ou des nouveaux-nés abandonnés à travers toutes les wilayas du pays. Chaque année l’on dénombre pas moins de 3 000 enfants abandonnés en Algérie. Ce chiffre est loin de refléter la réalité puisqu’il ne compte pas les enfants victimes d’infanticide avant ou à leur naissance. Faute de ne pouvoir se faire avorter, des femmes enceintes procèdent, dans des moments de faiblesse, à l’assassinat de leurs bébés.

Les causes sont multiples, mais l’impossibilité pour ces femmes d’arrêter leur grossesse en est la cause principale. Bien que des centaines parviennent d’une façon ou d’une autre à se faire avorter, la majorité écrasante d’entre elles porte pendant neuf mois leurs bébés avant de l’étouffer, l’étrangler ou de carrément l’abandonner aux chiens sur la voie publique. Celles qui réussissent à trouver un avorteur endurent souvent des séquelles et handicaps dûs aux mauvaises conditions dans lesquelles s’effectue cette intervention.

L’avortement entre chiffres et réalité

Strictement interdit par la loi et banni par la religion, l’avortement au noir demeure néanmoins une pratique courante en Algérie. Plusieurs gynécologues et autres paramédicaux le pratiquent mais en cachette et loin des yeux des autorités. Les services de sécurité tombent rarement sur des cas d’avortements illégaux et ce, pour la simple raison que les concernées et leurs familles font tout pour l’étouffer de crainte du déshonneur. Les quelques affaires traitées par la police judiciaire n’ont été rendues possibles qu’après l’hospitalisation, en état critique, de ces femmes. «On ne dénonce pas l’avortement mais on le découvre» tient à préciser Kheira Messaoudene, chargée de communication de la police judiciaire. «En 2007 nous avons enregistré huit cas. Durant les seuls trois premiers mois de l’année en cours nous avons déjà traité sept affaires. Bien que la hausse est significative elle reste, nonobstant, en deça du nombre réel des femmes qui se font avorter en Algérie», et d’ajouter que les complices «sont souvent les amants de ces femmes, les gynécologues, et même les femmes de ménage employées dans les institutions hospitalières».

Interrogée sur le nombre de cliniques qui pratiquent frauduleusement ces interventions, celle-ci affirme que durant l’année écoulée seulement une seule clinique a été fermée pour avortement illégal. Bien que la pratique soit répandue, voire même au niveau de cabinets bel et bien réputés pour cette pratique, «le manque de preuves empêche toute intervention des éléments de la police nationale» conclut-elle.

Comment faire pour avorter en Algérie ?

Le bouche à oreille, telle est la stratégie marketing utilisait par les avorteurs. En fait, il suffit de connaître une personne qui connaît à son tour une autre, qui connaît approximativement un gynécologue ou un infirmier pour pouvoir effectuer une interruption volontaire de la grossesse (IVG). Des réseaux bien structurés seraient implantés à travers plusieurs wilayas du pays.

Très prudents et bien organisés, ceux-ci ne prennent aucun risque et n’hésitent pas à dire non au moindre soupçon. En fait, c’est un secret de Polichinelle qu’à Alger, à titre d’exemple, des cliniques situées dans des communes bien précises pratiquent ces interventions.

«Mais sur commande» précise un étudiant qui dit avoir connu une amie qui a déjà avorté. Il nous donne l’adresse et on se déplace vers ledit cabinet de gynécologie. A notre arrivée, la secrétaire nous accueille avec un large sourire. En lui expliquant le motif de notre visite, celle-ci change de couleur, panique et questionne en balbutiant : «Mais qui vous a orienté ici ?».

«C’est une amie. Elle a déjà avorté chez vous» a-t-on répondu. Epoustouflée et épouvantée, elle va tout droit vers la porte, l’ouvre et nous prie de sortir en nous affirmant que nous nous sommes trompés d’adresse.

Devant notre insistance, la secrétaire jure par tous les saints que ce genre d’intervention ne se pratique pas dans son cabinet. Ne voulant pas lâcher prise et devant notre insistance, celle-ci accepte gentiment de nous orienter vers un autre cabinet situé pas loin du sien où il se pourrait, précise-t-elle, que le gynécologue accepte de nous aider. Maintenant que la voie est trouvée, il suffit de dire au gynécologue de l’autre clinique que nous sommes venus de la part de Mme X pour que l’affaire soit réglée.

Un avortement sans douleur à 35 000 DA

Il est connu et reconnu que le prix de l’IVG varie d’une clinique à l’autre, en fonction du mois de la grossesse. Si cette dernière n’a pas dépassé les 12 premières semaines, elle ne présente pas de gros risques pour la santé de la femme, les prix appliqués sont alors de

25 000 à 35 000 DA. Lorsque la grossesse dépasse cette durée, la somme est multipliée et atteint les 100 000 DA.

Une cherté qui fait de cet ultime recours un luxe souvent pas à la portée de toutes les femmes qui désirent interrompre leur grossesse. Celles-ci, qui se trouvent souvent toutes seules à assumer une bêtise commise à deux, se font avorter d’une façon traditionnelle chez des sages-femmes ou dans des cabinets privés où les conditions d’hygiènes ne sont pas respectées. Ainsi, des gynécologues sans scrupules font des avortements à l’arrière-boutique de leur cabinet ou dans des chambres isolées de leurs cliniques. Peu importe la salubrité des lieux et la santé de la femme, l’essentiel c’est de gagner le maximum possible d’argent.

Des exemples pareils sont légion et leurs retombées sont tragiques. Mais sous la pression et la peur de la réaction de la famille et de la société, de malheureuses femmes se jettent corps et âmes dans ces écuries afin de sauver leur honneur, de se prémunir contre les préjugés de la société mais surtout pour se protéger de l’intolérance de la famille.

Un constat apocalyptique

Selon Mme Goudil, directrice du centre d’accueil de l’association SOS femmes en détresse, «90% des femmes enceintes suite à des relations hors mariage refusent de garder leur bébé». Ce chiffre renseigne sur la volonté de la majorité écrasante de ces femmes à se débarrasser, par tous les moyens, de leur grossesse illégitime. Mais pourquoi ? «La peur de la réaction de la famille, le regard accusateur de la société ainsi que le manque de moyens pour prendre en charge leurs bébés sont les principales causes» affirme de son côté Mme Fadela Chitour, présidente du réseau Wassila. Par ailleurs il est à relever que la majorité de ces femmes sont des fugueuses ou des étudiantes qui viennent dans les centres de l’Etat pour accoucher secrètement avant de rejoindre la demeure familiale. «La plupart d’entre elles découvrent tardivement leurs grossesses et ne peuvent pas se faire avorter. Mais même si elle veulent le faire au bon moment, elles trouvent des difficultés à réunir la somme exigée ou à trouver un gynécologue» souligne Mme Goudil.

Et d’ajouter que son association prend en charge, pour elle seule, entre 50 à 60 femmes enceintes d’une relation hors mariage par année. Bien que des enquêtes sur l’avortement au noir n’existent pas dans notre pays, «le nombre de femmes qui optent pour cette solution est énorme» affirme un membre de l’Association nationale de la planification familiale. Et pour preuve, ajoute-t-elle «des centaines de femmes se font évacuer vers les hôpitaux dans un état critique après avoir procédé à des tentatives d’avortement échouées». Ces femmes ont, en désespoir de cause, recours à tous les procédés, aussi risqués soient-ils. L’essentiel est de cacher et interrompre leur grossesse non désirée.

A. F.



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Elle a avorté au noir, Lynda raconte son cauchemar

«J’ai sauvé les apparences mais je meurs à petit feu»

«J’aurais aimé garder mon bébé, mais je n’avais pas le choix. C’était une question de vie ou de mort. Ma famille ne me pardonnera jamais d’être tombée enceinte d’une relation hors mariage». Lynda, 30 ans, fonctionnaire dans une société privée, est originaire de Tizi Ouzou.

En évoquant cet épisode de sa vie, elle gesticule et s’énerve. Elle veut prouver par tous les moyens qu’elle a avorté parce qu’elle a été contrainte de le faire. «Je ne suis pas une aventurière, ni une prostituée. J’ai avorté après être tombée enceinte de l’homme que j’ai aimé et qui est maintenant mon mari» se confesse-t-elle, sans soulagement.

«Les remords de conscience m’accablent» soutient-elle. Toute pâle et amaigrie, Lynda dont les traits du visage renseignent sur une beauté et une fraîcheur apparentes mais non épargnées par les durs moments qu’elle a vécus, essaye tant bien que mal de vivre normalement, mais…. «Vivre comme tous les autres est un luxe pour moi» dira-t-elle, le regard triste et grave. Elle s’est faite avorter pour se protéger et pour éviter le déshonneur, mais en retour elle paye dans sa chair le prix d’un accident de jeunesse.

Aujourd’hui elle souffre d’infections de l’appareil génital, de douleurs vaginales, d’une vie sexuelle instable et perturbée. La cause : l’avortement au noir pratiqué dans une clinique insalubre de la capitale. Elle se rappelle ces moments avec tous les détails et toute l’angoisse, le stress, la peur et les insomnies qu’elle a endurés. Elle était encore étudiante, jeune et inexpérimentée. Elle rencontre son prince charmant et «va très loin» avec lui. «Par amour» précise-t-elle. C’est en mois de janvier qua’elle se rend compte de sa grossesse.

«J’étais pétrifiée. Je ne cessais de pleurer, j’ai même pensé au suicide. Mon cœur battait la chamade à la seule idée de la réaction de mon père. Il est sévère et ne badine pas avec…l’honneur» raconte Lynda. Il fallait coûte que coûte trouver un gynécologue, une sage- femme, une infirmière ou toute autre personne pour interrompre sa grossesse.

Soutenue par son petit ami et assistée par des copines, au bout de quelques semaines la moitié du problème a été résolu. Un gynécologue possédant un cabinet à Alger accepte de pratiquer l’intervention. Mais le calvaire était loin d’être fini. Il restait l’argent. Le gynécologue a exigé une somme de 30 000 DA.

Cabinet de gynécologie ou écurie?

«Une fois la somme réunie, le rendez-vous fixé, j’ai quitté ma chambre universitaire et passé la nuit dans un appartement que nous a prêté un ami. Il l’a mis à notre disposition l’espace d’une semaine pour que j’y passe la période de convalescence» révèle Lynda.

A la veille de l’opération, elle était à sa seizième semaine de grossesse, le risque était grand mais pas question de faire marche arrière. «Je préfère y laisser ma vie que de donner naissance à un enfant qu’on traitera par la suite de bâtard». «Si nous en avions les moyens, nous aurions quitté le pays pour nous marier afin de garder le bébé. Nous étions encore des étudiants, Allah ghaleb» poursuit-elle. Aux premières lueurs de la journée Lynda était déjà debout, le cœur serré et la mine défaite.

En compagnie de son complice d’infortune, elle s’achemine vers le gynécologue du salut. «Dès que j’ai franchi le seuil du cabinet, une odeur infecte m’a agressé les narines. Ça sentait l’écurie. J’ai pris mon mal en patience et je me suis installée dans la salle d’attente. Quelques temps après, une jeune fille, d’une vingtaine d’années, à bout de force soutenue par une vieille dame sortait d’une chambre. La secrétaire m’appelle et me voilà à l’intérieur».

Entre la vie et la mort, un gynécologue véreux

«Il est vrai que le gynécologue a essayé de me dissuader, mais une fois que je lui ai réitéré ma volonté de passer à l’acte, celui-ci s’est mis au travail» raconte-t-elle. Interrogée sur son sentiment en ce moment, elle dira qu’elle a souhaité qu’un miracle se produise, une catastrophe emporte le monde ou tout autre chose qui pourra la délivrer des mains du gynécologue. «Je n’avais pas le choix, sinon je lui aurai craché dessus. C’était plus un commerçant qu’un médecin. Le cabinet était sale, il y avait encore du sang, le matériel n’était pas aseptisé. Il m’a opérée avec le matériel qu’il avait déjà utilisé. Ma tête tournait, j’avais envie de vomir quand….».

Mise sous une anesthésie générale, Lynda dormait profondément et une fois réveillée, elle ne sentait que des douleurs atroces et beaucoup de regrets. «Aussitôt réveillée, l’infirmière appelle mon copain et me voilà dehors comme une chienne» regrette-t-elle.

A 23 heures, les douleurs devenaient insupportables, l’hémorragie ne s’arrêtait plus. Malgré la fièvre et les vomissements, elle devrait se taire pour ne pas attirer l’attention des voisins. «Je me suis mise à réciter la Chahada, j’étais convaincue que mes heures étaient comptées» ajoute-t-elle.Vers minuit, son ami appelle à l’aide une copine dont l’amie est infirmière dans un hôpital d’Alger. Cette dernière invente une histoire pour convaincre ses parents de la laisser sortir à cette heure très tardive de la nuit. Evacuée in extremis, Lynda a été mise sous surveillance médicale, elle a perdu beaucoup de sang suite à l’hémorragie. «Le médecin traitant a fermé les yeux sur mon cas. Il n’a pas signalé que j’avais fait un avortement au noir, sinon l’affaire aurait pris une autre tournure avec l’implication des services de sécurité». Une fois l’hémorragie stoppée, le médecin m’a franchement expliqué que les séquelles pourraient rester à vie. Et me voilà mariée, mère de deux enfants mais souffrant de plusieurs maladies qui menacent sérieusement ma vie de couple. «Je crains que les infections qui me rongent ne s’aggravent. Je n’ai pas peur de la mort, mais je suis inquiète pour mes deux enfants et pour ma vie conjugale» laisse-t-elle entendre. Et d’ajouter, en soupirant, «l’avortement au noir n’est point une solution».

A. F.

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MessageSujet: Re: Le drame silencieux de l’avortement   Lun 7 Avr - 10:49


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