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 les contes de notre jeunesse

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ANDORRA
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MessageSujet: les contes de notre jeunesse   Ven 18 Jan - 22:14

:006: Je suis tombée sur ce texte qui reprend de manière admirable nos émois d'enfants lors des veillées de contes.. rappelez vous et essayez de raconter aussi à vos enfants ou petits enfants la mémoire des histoires d'antan.. pour que la fraîcheur de l'âme perdure dans la puérilité.. " you can say I'm a dreamer but I'm not the only one.." allez bises, je fais mon copié-collé:

de Oumelkheir :
Vous souvenez-vous des contes de votre grand-mère ?
Ces histoires qu’elle vous racontait avant que vous vous endormiez ?
Ou alors autour du feu à l’occasion des longues soirées d’grr ou des veillées du mois de Ramdane ? Vous vous en souvenez ?

Moi, je m’en souviens comme des moments de « vrai » bonheur et d’évasion où ma grand-mère (Djedda), se révélait sous les traits d’une conteuse exceptionnelle. Elle faisait preuve d’un don incomparable de la narration et d’une imagination débordante pour me raconter des fables et des légendes. Des histoires fabuleuses où les ogres, «ghwals» dévorent les enfants, où les animaux parlent notre langue et où les djinns, «djnouns» vivent dans notre monde.

Des contes pleins de sagesse qui m’apprenaient que le malheur n’est pas dans la pauvreté mais plutôt dans l’ignorance. Que l'intelligence vaut beaucoup mieux que la richesse et que la ruse triomphe de la tyrannie. Des histoires où le religieux se mêle au profane et où le bien finit toujours par triompher du mal.

Le conte et cette manie de raconter doit être aussi ancien que l’humanité elle-même. Il a du accompagner l’Homme depuis son origine. Mais, au début cela a du être fait dans un but religieux même si le conte est une pure fiction, complètement imaginée. Les croyances religieuses sont introduites dans le conte pour affirmer un lien religieux et quelquefois pour raconter des évènements passés ou qui se seraient passés dans des temps lointains.
Quoi qu’il en soit ce sont en général des évènements imaginaires, et même s’ils prétendent relater des évènements réels, ils sont justes empruntés à la réalité.

Pour commencer son conte (m’hadjya), Djedda me mettait d’abord en condition. Elle utilisait des formules, toujours les mêmes pour débuter l’histoire. Elle me disait : hadjitek ou ma djitek, echaâli echem’â wedoukhli l’bitek. Ou alors : hadjitek ou ma djitek, ou loukan houma ma djitek. En kabyle, la formule d’usage très connue est « ma chaho tellem chaho ». Cette petite formule prononcée, elle continuait avec: kan ou ma kan, ou kan Allah fi koll mkan. Ces formules avaient le pouvoir de me transporter immédiatement dans un monde fabuleux. C’était une porte qui s’ouvrait sur l’imaginaire. Et là, tout change, tout devient possible. Djedda utilise un langage différent : des mots à sonorité magique qui ajoutent au mystère de l’histoire. Des termes métaphoriques, symboliques et surtout beaucoup de gestes et expressions du visage. Djedda avait l’art de mettre du suspens dans ses histoires, elle allongeait certaines actions telle que : marcher, qui devenait : mcha, mcha, mcha, mcha, mcha hatta…. ou alors pour le temps qui passe, c’était : rah zman ou dja zman, rah zman ou dja zman, ou encore : lyoum ghedwa, lyoum ghedwa, lyoum ghedwa….

Pour les personnages, ça encore, c’était toute une histoire, il y en avait de toutes sortes. S’ils étaient humains, ils pouvaient être : enfants, vieillards, femmes ou hommes, de conditions différentes, ils étaient : rois, paysans, bergers, commerçants, etc… Les animaux étaient de toutes les espèces, mais il y avait surtout : le lion, le chacal, la chèvre, l’âne, la poule, le singe, le hérisson, le serpent des oiseaux et même des insectes. Parfois les personnages pouvaient être des végétaux comme le petit pois, ou le grain à moudre. Mais, les plus impressionnants de tous les personnages demeuraient les monstres : ghwals en tous genres, djnouns et autres saharates.

Ce qui était incroyable dans les contes de Djedda, c’est que les animaux pouvaient épouser des humains, les monstres épousaient de belles femmes. C’était une succession d’évènements et d’aventures extraordinaires. Tout était possible !

Dans ces contes l’orphelin maltraité par une belle-mère acariâtre et méchante peut en grandissant devenir Sultan. Vous vous souvenez de Bagrat litama ? Et l’animal le plus féroce comme le lion par exemple, était plus indulgent que l’homme orgueilleux. Le petit mquidech arrivait à vaincre la terrible ghoula et le berger à épouser loundja bent el-ghoul ou alors bent essoltane.

Les héros des contes de Djedda devaient connaître mille malheurs et passer plusieurs épreuves avant d’arriver au bout de leur quête et de triompher du mal. Car Djedda n’oubliait jamais le rôle moralisateur du conte : le bien doit toujours triompher du mal à la fin. Evidemment son conte avait pour but de me distraire, mais il avait une fonction éducative et pédagogique. Il valorisait les vertus et condamnait les vices. Il mettait en scène des conflits et des malheurs pour proposer une solution à la fin. C’était un cours d’éducation morale et religieuse agréablement dispensé par Djedda, comme par votre grand-mère certainement.

Et l’histoire finissait comme elle avait commencé : avec une formule d’usage tout aussi magique que celle du début. Djedda disait : hada ma sma’âna ou hada ma qoulna, ou alors hiya rahet wana djit ou encore hiya rahet tetguergueb wana bquit fel mergueb. Je m’endormais alors avec la tête pleine d’images mais aussi avec l’angoisse de la ghoula. Quelquefois, je me réveillais au milieu de la nuit avec l’impression de voir ses yeux briller dans le noir. Je m’enfonçais autant que possible sous mes couvertures en évitant de faire le moindre bruit pour ne pas attirer l’attention de la ghoula bien sûr. C’était les belles années de mon enfance les vôtres aussi, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui la parole a été remplacée par l’image, même si c’est toujours à cause de ce besoin humain de raconter et d’écouter. Mais, l’imagination des enfants n’est plus sollicitée, encore moins stimulée ! Grâce à la technologie de l’audiovisuel, il n y a plus de mystère: les monstres ont aujourd’hui un vrai visage. Le hic, c’est que dans ce nouvel esprit de mondialisation et de globalisation, ce visage est le même partout et pour tous.
Allah yer’hmak ya Djedda !!!

Chronique diffusée le : 11/11/2003
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