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 Un œil sur le Liban

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Nedjma
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MessageSujet: Un œil sur le Liban   Lun 22 Oct - 17:55

Un œil sur le Liban (Première partie)

La grosse déprime de la jeunesse libanaise
Tu peux toucher ma jambe gauche », dit Ali à Samir, le cuisinier de 25 ans qui tient un kebab dans la rue Maurice Barrès au centre de Beyrouth. Comme pour le provoquer. « C’est du solide. » Toc, toc, toc.

« Elle est en bois », sourit le sunnite aux yeux malicieux, avec une pointe de fierté dans la voix avant d’expliquer : « Je l’ai perdue durant la guerre civile (1975-1990). Je tirais avec ma douchka (ndlr : mitrailleuse russe) sur les chrétiens quand un obus m’a touché. Là-haut, sur cet immeuble, à 200 m environ », ajoute l’homme, petit, avant de pointer du doigt une tour abandonnée qui domine le port, encore balafrée par des trous d’obus et de balles. Durant neuf ans, Ali, dont la moustache et les cheveux gris trahissent ses 50 ans, a liquidé ses ennemis. Sans pitié. « J’en ai tué beaucoup. Je ne regrette pas. » Puis, il y a eu la paix en 1990 après quinze ans de conflit. Espoir d’une vie meilleure. Espoir déçu. L’ancien combattant sunnite qui vivote en multipliant les petits boulots sent les démons de la guerre et du communautarisme ressurgir au Liban. « C’est la déprime. Il n’y a plus de travail. Plus d’avenir. La ligne de front qui divisait notre ville et qui passe à deux pas de mon quartier est de nouveau dans les têtes. » S’il le pouvait, Ali partirait. Très loin. « Ça va péter », soupire-t-il, fatigué par cette tension interconfessionnelle qui a déjà fait plusieurs victimes depuis le début de l’année. Fatigué de la présence de l’armée libanaise qui quadrille Beyrouth 24 heures sur 24 avec ses chars. « Mais cette fois, la guerre ne sera pas pour moi. Je laisse ça aux jeunes. »

Les tentes du down-town

A ses côtés, Samir, sunnite lui aussi, opine du chef. Lui est prêt à prendre les armes pour défendre son quartier. Comme les anciens de 1975. Un retour en arrière que dénonçait le cardinal Boutros Sfeir : « Les jeunes sont en train de s’habituer à se haïr réciproquement », affirmait haut et fort le 76e patriarche de l’Eglise maronite. Ce que confirment Ali et Samir : le fossé entre les progouvernementaux de l’alliance du 14 mars et les antigouvernementaux de l’alliance du 8 mars se creuse de plus en plus. « Ceux de l’opposition ne sont d’ailleurs pas loin d’ici », poursuit Samir. « Vous ne pouvez pas les manquer. Depuis le 1er décembre, ils campent dans des centaines de tentes au cœur de Beyrouth. Ils vont finalement démonter le campement de fortune. » Les habitants du centre de Beyrouth lâchent un long soupire de soulagement. Enfin cette petite ville dans la ville, faite de bric et de broc, qui nargue les immeubles fraîchement reconstruits où se nichent appartements luxueux, ministères et boutiques de marques, va disparaître. L’occasion de faire un dernier tour : « Bienvenue dans le village de l’opposition », dit Michel, étudiant maronite, qui vit depuis plus de trois mois dans cet énorme sit-in sauvage où cohabitent, chacun de leur côté, chiites du Hezbollah et d’Amel et chrétiens du général Aoun. Les premiers, drapeaux jaunes, sur la place du jardin de la Réconciliation. Les seconds, drapeaux oranges, sur la rue Bechara Al Khoury et sur l’avenue de Damas. Entre eux, une église détruite, vestige de la guerre civile. Tout un symbole... Etonnante cette alliance entre Nasrallah, le pro-syrien, et Aoun, le dernier général libanais à avoir combattu les Syriens ? « Pourquoi ? », réagit le chrétien Daniel, 25 ans, chômeur. « Nous voulons tous les deux le départ du Premier ministre Fouad Siniora. C’est une marionnette entre les mains des Américains et des Israéliens. » Pendant des mois, tous les soirs, les campeurs de l’alliance Hezbollah-Aoun viennent écouter les discours enflammés de leurs leaders sur une place improvisée au pied d’un immeuble. Avec tribune, écran géant, feu d’artifice tiré contre les bureaux de Siniora. Un slogan projeté sur les murs des ministères alentours : « Le gouvernement avant la justice internationale. »

L’armée sur le qui-vive

En clair , oui à la formation d’un gouvernement d’union nationale, mais non au Tribunal international chargé de juger les assassins de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Il avait été tué le 14 février 2005 dans un attentat à la voiture piégée. « Tant qu’on n’aura pas la peau de Siniora, on ne bougera pas », insiste le chiite Hakim, 17 ans, la tête noyée dans la fumée de son narguilé. Même discours tranché de la part de la chrétienne Sandra, qui porte une paramilitaire noire : « On est déterminé. On exige un nouveau Liban. » Qu’en pense la jeunesse gouvernementale où se mélangent sunnites, druzes et chrétiens maronites ? « Qu’ils crèvent sous leurs tentes, les opposants », tranche Samir, la vingtaine, sans emploi. « Nous, on la veut cette justice internationale. Il faut faire la lumière sur la mort de Hariri. La Syrie et les Libanais pro-syriens doivent rendre des comptes. C’est le seul moyen pour que notre pays vive en paix », ajoute ce jeune homme rencontré sur la place des Martyrs de Beyrouth. Elie, 20 ans, observe le « cirque libanais de loin ». Loin du champ de tensions entre pro et antigouvernementaux. « Je ne roule ni pour les uns ni pour les autres », témoigne cet étudiant, croisé au Torino, un bistrot du centre-ville. « Notre drame est le communautarisme. En dehors du clan, tu es perdu. Une grande partie de ma génération veut en finir avec ces familles libanaises qui ont pris en otage le pays depuis l’indépendance en 1943. » Céline, chrétienne, en a aussi gros sur le cœur. « Nous en avons marre des Siniora, des Hariri, des Nasrallah et des Aoun », crie cette publicitaire de 22 ans, rencontrée dans un bar. « On ne veut plus entendre parler des Jaja, des Joumblatt, des Berri, des Gemael. Nous, on veut vivre. » Même son de cloche de la part de Rachel, la vingtaine également. « Notre souhait, c’est le changement. On en a assez de ce blocage politique qui n’augure rien de bon. J’ai fini l’université il y a six mois. Depuis, je n’ai pas trouvé d’emploi. S’il le faut, je voterai Hezbollah. Il faut que ça change », ajoute la jeune femme maronite dont l’ami est chiite. « Mon terroriste à moi », plaisante-t-elle en narguant son copain. Lui, rétorque : « Es-tu sûre de donner ta voix au parti de Nasrallah ? Tu es vraiment prête à choisir entre la peste et le choléra ? »

Sid Ahmed Hammouche

Patrick Vallélian
El watan
20 octobre 2007

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Nedjma
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MessageSujet: Re: Un œil sur le Liban   Lun 22 Oct - 17:56

Un œil sur le Liban (Deuxième partie)
Au cœur de la génération Hezbollah
Le vendeur d’une boutique de DVD pirates, dans la banlieue chiite au sud de Beyrouth, s’approche discrètement. « Il fait nuit », dit Sadak, en s’excusant presque. « Vous ne devriez pas rester dans le coin. » Pardon ? « C’est risqué pour les étrangers. Un enlèvement, c’est facile.

Beyrouth : De nos envoyés spéciaux

Ici, un touriste passe pour un espion à la solde des Israéliens. Quand ils nous ont bombardés, ils étaient bien renseignés. Partez s’il vous plaît », insiste le jeune chiite en indiquant où trouver un taxi pour retourner vers le centre-ville de la capitale libanaise. « C’est plus sûr pour vous... et pour nous. » Bienvenue dans la Dahiyeh, le fief du Hezbollah et de son chef Hassan Nasrallah, dont les énormes portraits s’étalent partout dans cette banlieue miséreuse. Bienvenue sur une autre planète que tout oppose au Beyrouth occidentalisé, pourtant à 20 minutes de voiture. Ici, pas de jeunes filles en minijupe. Mais des adolescentes en tchador. Pas de bars. Pas de publicité aux murs non plus pour les marques de luxe occidentales. Mais des centaines de portraits des martyrs du Parti de Dieu, ces jeunes hommes offerts en sacrifice durant la guerre contre Israël. « Nous sommes fiers d’eux », clame Mohamed, 22 ans, étudiant. « Nous voulons leur rendre hommage. Ils se sont sacrifiés pour le pays. Ils n’ont pas eu peur de braver les bombes. » Ces milliers de bombes qui ont éventré la banlieue, soufflant près de 250 immeubles dont certains n’ont pas été déblayés. Des mois après le conflit, le temps de la reconstruction n’est pas encore venu dans la Dahiyeh, admet un officiel chiite, même si certains appartements délabrés et retapés à la va-vite sont de nouveau occupés. Le Hezbollah devra lui aussi s’armer de patience. Son quartier général de Haret Hreik n’est plus qu’un souvenir. Dans l’urgence, il a dû réorganiser ses structures et disséminer ses bureaux un peu partout dans la banlieue sud, indique un officiel. En oubliant de dire que le parti peut ainsi contrôler son territoire où vivent plus de 600 000 personnes dont 150 000 déplacés qui ont fui le Sud-Liban cet été.

« Nous sommes des résistants »

Débordé, le Hezbollah, lui, contrôle tout dans la banlieue, des hôpitaux aux écoles en passant par la police et la voirie ? « Pas du tout », tonne Zayad, 23 ans, cadre dans le mouvement. « Si on en est là, c’est à cause du blocage politique dans le pays. Pas à cause du parti qui finance tout ici. On n’a pas besoin de l’aide du gouvernement et des étrangers », ironise le jeune homme, casquette des Chicago Bulls vissée sur la tête et lunettes Ray-Ban posées sur le nez avant d’ajouter qu’il fait confiance à Nasrallah. Un leader dont les apparitions sont rares depuis la guerre, mais qui va pointer le bout de son nez en ce vendredi, jour de prière, pour commémorer la semaine de la résistance. Le secrétaire général du Hezbollah a rendez-vous avec ses militants dans une immense salle de spectacle, fraîchement construite au milieu des ruines. Rien n’est trop beau pour galvaniser les troupes qui se pressent à l’entrée de l’enceinte où des milliers de femmes et d’hommes, séparés par l’allée centrale, sont assis en rang d’oignons. Pour rejoindre cette masse noire, la couleur des chiites, il faut montrer patte blanche : fouille au corps, scannage des sacs, présentation du passeport pour les étrangers. La sécurité est omniprésente. Dans les travées, quelques cadres du parti, hommes et femmes, debout, observent la foule. Sous leur complet noir et leur tchador, leur oreillette et leur pistolet. Commence alors un spectacle à l’américaine avec écran géant, chants partisans et chauffeurs de salle qui orchestrent les gestes, les chants et les cris du public. Soudain, Nasrallah se lève. Il monte sur le podium, flanqué de deux gardes du corps. Devant une foule en délire, où les chrétiens du général Aoun figurent en bonne place, il lance, rugissant : « Nous avons des armes. » Tonnerre de « Allah akbar » (Dieu est grand). « Nasrallah est notre guide », hurlent les gens jusqu’à l’extase. « Je l’aime », confie Badra, 21 ans, sans emploi, alors qu’elle quitte la salle après le discours-fleuve de deux heures du leader chiite. Même enthousiasme de la part d’Oum Habid, 26 ans. « Quel homme ! Notre seigneur », jubile cette habitante du Sud-Liban qui a trouvé refuge à Beyrouth. « Il nous a offert la victoire. Il assure notre protection. Sans lui, nous ne sommes rien. » Pour Hussein, 20 ans, le leader du Parti de Dieu est un guide : « Nous marchons main dans la main avec lui alors que notre pays traverse une grave crise. Vous prétendez que nous sommes des terroristes. Non, nous sommes des résistants. Et nous voulons bâtir le Liban de demain. » Nasrallah, c’est aussi l’homme qui a provoqué la guerre avec Israël, non ? Safia, 18 ans, s’énerve. « Il nous a libérés. Le Hezbollah n’est pas n’importe quel parti. Le 8 mars 2005, plus de deux millions de Libanais chiites, mais aussi druzes et chrétiens, ont manifesté à Beyrouth à son appel. » Bref : la génération Hezbollah a une foi aveugle dans son leader. Malgré un bémol : « Nous avons peur que le bras de fer entre les sunnites de Hariri au pouvoir et nous ne provoque une nouvelle guerre civile », souffle Samir, chiite de 21 ans. « Comme celle qui ravage l’Irak. » Dans ce contexte, l’alliance avec les chrétiens d’Aoun permet au Hezbollah de montrer qu’il est capable de dépasser les clivages interconfessionnels en jouant la carte de la solidarité nationale. Comme durant la guerre, quand des milliers de chiites ont trouvé refuge dans les quartiers chrétiens chic. « C’était la première fois que je les côtoyais », se souvient Rita, maronite. « Je leur ai même ramené de l’eau et des couvertures. » Un avant-goût du futur Liban. « J’espère. Mais on sait aussi que nos alliés peuvent rapidement retourner leurs armes contre nous », conclut Rita.

Sid Ahmed Hammouche

Patrick Vallélian
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21 octobre 2007

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MessageSujet: Re: Un œil sur le Liban   Lun 22 Oct - 17:58

Un œil sur le Liban (Troisième partie)

« Bienvenue au pays du bakchich... »
Djubran, 25 ans, s’y attendait un peu. Le patron de la brasserie de la rue Monnot, au centre de Beyrouth, l’a convoqué. « C’était un matin ensoleillé », se souvient le jeune sunnite. « Mon chef m’a expliqué qu’il ne pouvait pas me garder car sa situation économique était catastrophique.

Bref, j’étais viré », peste-t-il en levant son whisky avant de le siffler d’une traite. Djubran n’était pourtant pas le dernier arrivé. « Je travaillais comme serveur depuis deux ans. Mais mon patron, maronite, a préféré garder ses employés chrétiens. Chaque communauté défend les siens désormais. » Depuis, ce jeune play-boy, avec ses fausses lunettes de soleil griffées, a de la peine à trouver un boulot. « Si ça continue, je partirai à l’étranger. Tu penses qu’il y aurait une place pour moi en Suisse ? »

« Dans le brouillard »

Après la guerre civile (1975-1990), le Liban avait parié sur le tourisme et le secteur bancaire pour relancer son économie. Pari manqué, constate Georges, patron d’une chaîne de restauration : « Le conflit de l’été 2006 avec les Israéliens a refroidi nos derniers espoirs. Depuis, le pays est bloqué politiquement. C’est la grosse déprime. Nous sommes dans le brouillard. » De nombreux restaurants ont jeté l’éponge, laissant sur le carreau une bonne partie de leurs salariés, des jeunes à plus de 80%. Une virée nocturne dans les rues de la capitale libanaise donne le ton. La Mecque des fêtards du Proche-Orient a désormais le blues. Ses bars, tant animés, sont muets. « Qui veut venir s’amuser dans une ville quadrillée par l’armée, dont le cœur est squatté par l’opposition, où le gouvernement vit cloîtré derrière des barrières de sécurité et des blocs de béton, où la circulation est devenue infernale à cause des nombreuses rues barrées et du village des tentes du Hezbollah et du général Aoun, s’insurge Georges. Les clients se terrent chez eux. » Les supermarchés géants qui ont poussé comme des champignons autour du centre-ville sont déserts. Dans le quartier de Dora, le City Mall, le plus grand centre de la région qui s’étale sur 210 000 m2 (35 terrains de foot), tourne à vide. A l’intérieur, les prestigieuses enseignes, une centaine, soldent leur marchandise. De rares clients parcourent les allées sans consommer. « Nos porte-monnaie sont vides », souligne Zahir. Quant aux touristes, autrefois vaches à lait du pays, ils se font rares dans l’aéroport flambant neuf de Beyrouth, où seuls quelques avions atterrissent quotidiennement. Du coup, les palaces luxueux de la capitale bradent les prix. « Une chambre coûte 85 dollars contre plusieurs centaines avant la guerre », explique Pierre, réceptionniste au Crown Plaza Hotel, un des plus prestigieux hôtels de la place, dans le quartier commerçant de Hamra. « Mais nous devons baisser nos prix chaque semaine. Nous n’avons plus de clients. C’est désastreux. » La destination Liban, prisée par les riches Saoudiens et les ressortissants des pays du Golfe, est au point mort. « Les pétro-arabes venaient chercher à Beyrouth cette touche occidentale et libertine qu’ils ne trouvent pas à Dubaï », complète Pierre qui se demande combien de temps son employeur va le garder. Un naufrage que les Libanais prennent avec humour. Dans un bistrot, un client a sa petite idée sur le désamour des étrangers : « Tous les Libanais sont armés. Si ça dégénère, le seul qui ne pourra pas se défendre, ce sera bien le touriste. Alors, ne lui demandez pas de voir Beyrouth et mourir. » Les autres convives rient. Jaune.

Construction en berne

Autrefois fer de lance de la croissance libanaise, le secteur de la construction est lui aussi en berne. De nombreux projets d’investissement immobilier sont à l’arrêt, comme l’hôtel de luxe Hyatt. D’autres entrepreneurs, trop engagés, n’ont d’autres choix que de poursuivre leurs chantiers. Mais en mettant la pédale douce. Et dire que les Libanais rêvaient de devenir tous riches, confie Suzanne, 22 ans, bibliothécaire. « Rafic Hariri a tellement déversé de pétrodollars sur le pays qu’on pensait tous qu’on pourrait vivre comme lui dans des appartements de haut standing. » L premier ministre sunnite, qui avait relancé la construction dans le pays, a été assassiné le 14 février 2005 dans un attentat à la voiture piégée. Il a emporté dans sa tombe ses projets pharaoniques censés bâtir le nouveau pays du cèdre. Depuis, les Libanais tombent de haut. « On n’a jamais vécu ça », s’inquiète Kim. « Même pendant les années de la guerre civile. C’est comme si la mer s’est retirée et moi, en maillot de bain, j’attends qu’elle revienne, en vain, pour me baigner. » C’est le début de la fin, poursuit Suzanne, cette jeune chrétienne qui travaille le matin à la bibliothèque de l’Université arabe de Beyrouth et l’après-midi chez un dentiste. « Le matin, je touche des livres libanaises. L’après-midi, des dollars. Ici, si tu veux bien vivre, il faut gagner des dollars, la deuxième monnaie du pays. C’est indispensable. »Comment fait la population pour ternir le coup ? « Bienvenue au pays du bakchich et du système D », lâche Hussein qui reconnaît que les riches s’en sortent très bien. « Ici, la corruption gangrène la société. Pour le moindre papier, il faut sortir des dollars. Face à l’absence des services de l’Etat, on paie tout à double. » L’eau n’est disponible que durant quelques heures tous les trois jours. Résultat : « Les gens sont obligés de s’abonner à des réservoirs privés pour avoir l’eau courante », note Hussein. Même problème avec l’électricité. « Les coupures sont régulières. » D’où la présence de génératrices privées dans les quartiers. « Partout au Liban, on vous réclame de l’argent. Il faut payer, payer, payer », répète sa copine chrétienne, comme pour montrer sa lassitude et sa colère. « En même temps, les autorités sont absentes, absorbées par les querelles politiques. »

Plus de 400 000 exilés déjà

La diaspora libanaise, environ 12 millions de personnes, boude le pays, constate Naïma, employée d’assurances : « Ma famille à l’étranger ne veut plus revenir à Beyrouth. Elle envoie de temps en temps de l’argent. C’est tout. » A la longue, cette jeune femme mettra les voiles. Plus de 400 000 Libanais ont déjà pris le chemin de l’exil depuis le conflit de l’été 2006, soit 10% de la population. C’est autant qu’en 1975, au moment où la guerre civile a éclaté. Et ce n’est pas terminé. Selon une enquête du Centre national pour la recherche sur l’émigration, 60% des Libanais souhaitent s’exiler. Même la main-d’œuvre asiatique, qui avait débarqué en masse dans les années 1990, cherche à repartir, confie une employée de maison philippine du quartier chic de Gemmayze.

Sid Ahmed Hammouche
Patrick Vallélian
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22 octobre 2007

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